Mediacités : réappropriez-vous l’information locale !

La démocratie locale est un bien commun qui mérite mieux que la défiance généralisée. Pour cela, les citoyens ont besoin d’une information indépendante et de qualité et de journalistes jouant pleinement leurs rôles de contre-pouvoir.

Trente-cinq ans après les premières lois de décentralisation, l’une des principales promesses de cette noble ambition démocratique – consistant  à rapprocher le « pouvoir » du citoyen – n’a toujours pas été concrétisée. Interrogez n’importe lequel de vos voisins, il vous répondra que ce mouvement aura surtout été synonyme de complexification. Difficile de lui donner tort. A l’instar des intercommunalités, de nouveaux échelons administratifs ont vu le jour pour améliorer l’efficience du service public. Avec succès, souvent. C’est un point à saluer. Mais, ne faisant pas l’objet d’un contrôle approfondi de la part de l’Etat, le millefeuille territorial a prospéré dans l’opacité. Le pouvoir s’est déplacé dans des instances où le suffrage universel direct n’existe pas – établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) et autres sociétés d’économie mixte (SEM). La défiance de certains citoyens vis-à-vis de la démocratie locale et de leurs élus n’a cessé, depuis, d’augmenter.

Décentralisation : errances de la presse nationale et locale

En empilant les lieux communs sur la dernière réforme territoriale, la presse nationale (parisienne ?) – qui n’avait pas même pris le pli des actes 1 et 2 de décentralisation – n’a pas franchement aidé à réconcilier ces derniers avec la chose publique. Trop de journalistes n’assument plus, d’ailleurs, le rôle social que l’on prête aux détenteurs du « quatrième pouvoir » dès lors qu’il s’agit de partir enquêter au-delà du périphérique. Outre montrer à quel point la technocratie a pris le pas sur la démocratie participative ou comment l’hyper-présidentialisme de la Vème République se rejoue à la tête des collectivités locales, il y aurait pourtant beaucoup à dire sur le sujet. Encore faudrait-il prendre le temps de s’intéresser au rôle et à l’impact des institutions locales, et notamment de la petite quinzaine de métropoles que les lois Maptam et Notre ont institué puis renforcé, sur leurs bassins de vie et les populations y résidant.

Pour ne rien arranger, la plupart des quotidiens et d’hebdomadaires régionaux (PQR/PHR) ne parviennent pas davantage à remplir leurs fonctions démocratiques. Il suffit malheureusement de les ouvrir pour faire vaciller la certitude que le journalisme se définit bien par sa capacité à opérer en contre-pouvoir. Plusieurs raisons expliquent cette situation : les logiques de fabrication de l’information locale compliquent le détachement critique que devrait s’appliquer tout media vis-à-vis des communications diffusées par les pouvoirs politiques et/ou économiques locaux. Des enjeux commerciaux se sont également imposés à ce secteur plus que jamais en crise, disposant de moins en moins de lecteurs et de moyens financiers. Aliénée à toutes sortes d’intérêts particuliers, la presse locale ne s’appartient plus.

La démocratie locale est-elle (vraiment) démocratique ?  

Certes, la démocratie locale a probablement besoin d’information-service sur les travaux en cours dans le centre-ville, d’une nécrologie exhaustive voire des derniers résultats sportifs du principal club du territoire, mais aussi, et plus sûrement, de pluralisme. A mille lieues de la grande majorité des élus réalisant une mission difficile pour une reconnaissance minime, la plupart du temps à titre bénévole, certains « barons » cherchent encore aujourd’hui à encadrer le travail d’enquête des journalistes s’intéressant de trop près à la gestion municipale ou aux politiques publiques locales. Une pratique d’un autre temps, à l’heure où la France devient de plus en plus urbaine et connectée, que le nombre de diplômés de l’enseignement supérieur informés ne cesse de croître dans les métropoles et autres capitales régionales.

L’on dit souvent que les pays (et/ou leurs régimes politiques) ont la presse qu’ils méritent. C’est probablement vrai. Une (autre) chose est sûre : les citoyens des différentes grandes villes françaises n’ont pas, non plus, le système médiatique qu’ils mériteraient. So what ? Que peut-on y faire ? Venons-en aux faits : loin de viser une quelconque objectivité, cet ultime billet de ce (très) vieux blog ranimé pour l’occasion (*) est consacré à la promotion de Mediacités, une aventure journalistique dans laquelle je me suis embarqué depuis 2016 avec six autres confrères 🙂
Après trois mois de bêta-test à Lille, ce réseau national d’enquêtes locales ayant vocation à couvrir une dizaine de métropoles d’ici 2019 débarquera prochainement à Lyon, Toulouse et Nantes.

Lire le « Manifeste de Mediacités »

Téléchargez le dossier de présentation de Mediacités

Mediacités promeut un journalisme local indépendant, pour ne pas être soumis aux principaux pouvoirs en place ni aux intérêts des groupes sociaux les plus influents du territoire. Affranchi de toutes pressions grâce à des liens retrouvés avec une communauté de lecteurs prêts à payer quelques euros par mois pour une information de qualité, Mediacités participera à faire la pédagogie d’un monde complexe. Par le biais d’enquêtes exigeantes, de reportages au long-cours, des mises en perspective contextualisées et nuancées, des entretiens ou des décryptages expliquant en profondeur les évènements agitant la vie locale.

En ces temps de panne généralisée, il y a urgence à libérer les énergies locales, à consolider la culture de l’argumentation dans l’espace public local, à faire vivre les débats, à permettre et favoriser l’élargissement du champ de vision des individus désireux de s’engager et d’agir pour le développement de leurs territoires. Il reviendra aux journalistes de Mediacités d’organiser la confrontation des opinions, entre les différents groupes d’habitants comme entre les divers pouvoirs politiques, économiques, sociaux, religieux ou culturels du territoire. In fine, l’ambition des fondateurs de Mediacités est d’augmenter le pouvoir d’agir de ses lecteurs-citoyens pour les rapprocher du système de décision local.

(*) : oui, ne cachez pas votre déception, vous avez bien lu : ceci sera l’ultime billet de ce blog d’étudiant… laissé, par ailleurs, en jachère depuis 2013.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s