Les collectivités, maillot jaune du Tour de France ?

Et si le vrai gagnant du Tour de France 2014 n’était ni Vincenzo Nibali ni le groupe Amaury ? Bien que sollicitées financièrement, les collectivités territoriales traversées par la Grande Boucle revendiquent, elles aussi, leur maillot jaune. Participant, y compris financièrement, à l’organisation de la Grande Boucle, villes comme départements en profitent pour valoriser leur territoire et en tirer des bénéfices économiques, sociétaux et communicationnels.

Faire partie des 36 villes-étapes, sélectionnées parmi les 250 candidatures reçues chaque année par Amaury Sports Organisation (ASO), se monnaye. Pour accueillir une arrivée du 101ème Tour de France, les communes ont dû verser la somme de 100 000 euros hors taxes. Un tarif ramené à 60 000 euros pour un départ, et 55 000 pour une journée-repos. Malgré la concurrence vivace, cette filiale du groupe Amaury dédiée aux évènements sportifs assure ne pas faire de surenchère. Reste que les « tickets d’entrée » des collectivités ont augmenté de plus de 25% depuis le début des années 2000…

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Loin d’être effrayés par le versement d’une telle redevance à l’une des principales égéries du sport-business, les élus doivent également supporter des frais annexes, généralement aussi si ce n’est encore plus élevés. Du balayage et de la sécurisation de 97% des 3 656 kilomètres de l’épreuve jusqu’aux travaux de voirie (enrobés, terre-plein, etc), la promotion de l’évènement ou l’organisation d’animations (écran géant, cyclo-randos), la facture globale peut rapidement dépasser les 350 000 euros.

Si ces coûts ont de quoi faire pâlir le contribuable, les avantages économiques directs comme non-marchands que le territoire et le secteur public en retire permettent en règle générale d’équilibrer les comptes d’exploitation.
« Nous réinjectons immédiatement le ‘ticket d’entrée’ dans le tissu local : à chaque étape, ASO reverse 170 000 euros aux professionnels de l’hôtellerie-restauration. Rajoutez à cela les nuitées et repas des 4 500 suiveurs (caravane publicitaire, presse) et celles des dizaine de milliers de spectateurs qui consomment sur place… » calcule à voix haute Cyrille Tricart. TdF_Km0

Au-delà de ces recettes parfois insuffisantes pour couvrir l’ensemble des dépenses, le Tour de France est également synonyme de marketing territorial, d’impact médiatique, de notoriété… et donc de relations publiques à moindre frais. C’est une des raisons pour laquelle les arrivées se disputent aujourd’hui en centre-ville ou dans des quartiers réhabilités, et non plus dans des vélodromes tel que c’était le cas jusque dans les années 70.

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Au doigt mouillé, l’organisateur évoque ainsi un retour sur investissement environ six fois supérieur à la somme déboursée par les collectivités. C’est probablement moins pour les étapes classiques – le ratio pour la ville de Pau ou Metz Métropole serait de 1 euro dépensé / 1,5 euros récolté – mais plutôt réaliste pour les territoires touristiques et/ou remarquables capables de fixer sur place les spectateurs durant l’après-Tour.
La commune de Gap, le conseil général des Hautes-Pyrénées mais aussi Londres ou Porto-Vecchio affirment même avoir décuplé le coût global supporté par les deniers publics.

Dans un autre registre, l’Assemblée des Départements de France (ADF) y voit le moyen d’effectuer une belle opération communication. D’autant plus que leur institution est en voie de disparition…
« Nous avons lancé un jeu sur la réforme territoriale qui fonctionne très bien, les citoyens amassés aux bords des routes sont généralement surpris d’apprendre quel est notre rôle dans cette épreuve mais surtout dans leur quotidien » raconte Baptiste Maurin, chef de projet Tour de France à l’ADF. « Et puis, pendant que les citoyens applaudissent les cyclistes qui passent gratuitement sous leurs fenêtres, ils n’accusent pas les collectivités de clientélisme ou de gaspillage d’argent public ! »

Le Tour de France, un spectacle à but lucratif ou une mission de service public ?

Crée par le journal « L’Auto » en 1903 pour concurrencer le leader de la presse quotidienne sportive « Le Vélo », le Tour de France était d’abord et surtout un évènement médiatique permettant à ce journal de doubler ses ventes et d’augmenter concomitamment ses recettes publicitaires. Repris par le groupe Amaury, les objectifs sont, avec le temps, devenus financiers.

A partir de 1979, les chaînes télévisées désireuses de diffuser la course en direct – qui convertissent ensuite ce succès populaire en « temps de cerveau disponible » auprès de leurs annonceurs – ont été enjointes à sortir le chéquier. Rien que pour la France, les droits de retransmission à régler aujourd’hui s’élèvent à 24,9 millions d’euros, contre 0,4 million à l’époque lorsque la télévision n’était pas une industrie et le Tour pas encore un produit de consommation.

Arguant, à juste titre d’ailleurs, qu’une médiatisation accrue offre une visibilité supplémentaire aux marques, Amaury Sports Organisation invita également les sponsors (LCL,Festina,Skoda, etc) et la caravane publicitaire (Cochonou,PMU, etc) à augmenter leurs contributions.Les partenaires privés généreraient environ 35% des bénéfices du Tour, contre 55% pour les droits TV et 10% pour les tickets d’entrée des collectivités.
Mais, alors que le groupe Amaury se refuse (illégalement) de publier ses résultats financiers au tribunal de commerce et que les recettes du Tour de France semblent déjà florissantes rien qu’avec les droits TV et le sponsoring, est-il légitime pour quémander de l’argent public en sus ?

Profitant eux aussi du gâteau « Tour de France », l’immense majorité des élus n’y voit pas d’inconvénients et met en avant la mission de service public du Tour de France. Selon eux, leurs subventions serviraient à perpétuer l’idée forte de cette épreuve cycliste – celle de faire connaître gratuitement la France aux Français, de rallier les agglomérations dynamiques et les campagnes désindustrialisées.

Dans ce cas-là, alors, inutile de faire remarquer que ces aides publiques arrondissent les fins de mois d’une entreprise tirant sa rentabilité du renouvellement perpétuel du spectacle proposé tous les étés, d’une entreprise de fait invitée à fermer les yeux sur l’incohérence entre le fait que le Tour 2014 puisse être le deuxième le plus rapide de l’histoire sans qu’aucun cas de dopage n’ait été détecté pour autant…

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