Municipales 2014 : le règne de la dépolitisation et de la standardisation ?

Qu’il est loin le temps du socialisme municipal ! Fini l’interventionnisme économique, les régies municipales et autres leviers politiques du changement, actionnés par une poignée de maires-bâtisseurs portant une conception exigeante de la politique et de la société, tant au niveau éducatif qu’environnemental ou culturel, désireux de faire de leur ville un lieu d’expérimentation favorisant – ou, du moins, incluant – les classes populaires, etc…

Depuis une trentaine d’années, les « maires-militants » ont été remplacés par des « technotables » hors-sol issus des cabinets ministériels ou de la fonction publique. Ayant privilégié les écoles du pouvoir (dont les cours de philosophie politique ont été remplacés par du management public) aux porte-à-porte dans les quartiers ouvriers, ils ont su s’assurer une longévité électorale en menant des politiques consensuelles et standardisées leur octroyant un large soutien parmi la population.

Si bien qu’aujourd’hui, la construction de logements sociaux ou le recours à des délégations de service public ne sont plus de véritables marqueurs idéologiques de gauche ou de droite. Le scrutin municipal 2014 est symptomatique de cette dépolitisation, accélérée par ces nouveaux gestionnaires de l’action publique locale se défendant (et le prouvant au quotidien) de tout esprit partisan.

Face à la globalisation – et la compétition entre individus & entre territoires qu’elle instaure –, ces élus locaux ont tout misé sur l’attractivité et le développement économique. Objectif: élargir les recettes fiscales de leurs territoires à l’heure où les budgets des collectivités territoriales sont de plus en plus surveillés, en faisant s’installer de jeunes ménages solvables et de grandes entreprises. Pour cela, ils misent tout sur de « grands projets urbains » uniformisant encore un peu plus l’action publique locale.

De la construction d’équipements de prestige (stades, écoquartiers, tramways) à la prospection d’investisseurs en passant par la piétonnisation du centre-ville, la mise en place d’un système de vélo en libre-échange, la rénovation du patrimoine ancien, la généralisation de la vidéosurveillance ou la festivalisation de l’action culturelle, tout ce qui est à même de rendre le cadre de vie « plus agréable » investit les programmes locaux, aussi ceux de droite que de gauche.

Gouvernant selon un savant mélange entre technique et morale, la nouvelle génération d’élus tenants du « socialisme municipal » est aujourd’hui persuadée « de pouvoir s’affranchir de tout dialogue social dans la mise en oeuvre des politiques publiques. » Les conséquences de leurs choix politiques – accentuation de l’entre-soi des classes supérieures, éviction des classes populaires, accroissement des tensions ethniques, inégalités dans l’accessibilité aux services, etc… – sont alors occultées, à l’instar des faibles objectifs qu’ils se fixent dans la lutte contre l’exclusion, la pauvreté ou les discriminations.

Il faut dire que la plupart de ces maires sont parvenus à se préserver de toute interférence plébéienne. Ils ont concentré le pouvoir autour de leur personne et satelliser la décision politique dans des structures inconnues du grand public (intercommunalités, SEM, SPL, syndicat mixtes) où ils n’ont aucun compte à rendre. Rapprocher la décision du citoyen par la décentralisation, qu’ils avaient dit.

Comme l’explique parfaitement un collègue de David Guéranger, lui aussi professeur de science politique, Gilles Pinson, les « centristes » Gérard Collomb (PS) et Alain Juppé (UMP) devraient très probablement être réélus le week-end prochain. Non pas parce que Lyonnais et Bordelais seraient à gauche ou à droite, mais parce que ces maires ont su « renouveler l’image de leur ville.  Et peu importe que ces renaissances urbaines sont autant le produit des dynamiques du capitalisme – recyclage des capitaux désinvestis de l’industrie dans la spéculation immobilière – que de l’activisme des maires. »

Dès lors, deux questions se posent à l’orée de ces élections municipales et intercommunales :

  • à l’heure où les sondages annoncent une claque pour le PS, la responsabilité d’un échec doit-elle en incomber exclusivement au gouvernement et à la forte impopularité nationale qu’il dégage, ou également aux nouvelles formes de gestions locales « de gauche » bien trop insuffisantes pour résister à ce désamour elyséen ?
  • à quoi bon poursuivre ce jeu politicien de comptabiliser les villes ayant « basculé » à droite ou à gauche, lorsqu’il devient évident que ces alternances n’auront que peu voire pas de conséquences réelles sur les politiques publiques censées répondre aux difficultés sociales, économiques et morales de nos concitoyens ?
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One Response to “Municipales 2014 : le règne de la dépolitisation et de la standardisation ?”
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  1. […] par un cuisant échec. La proximité promise par les élus locaux n’a débouché que sur une « technicisation » de l’action publique locale, leur permettant de se protéger de toute interférence plébéienne mais pas de combattre la […]



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