La bataille de Paris, un duel entre socialistes et écolos ?

Aussitôt la séquence présidentielle et législative 2012 terminée, les états-majors des partis politiques préparaient déjà les futures échéances locales ! A Paris, la perspective des élections municipales en 2014 a même façonné les stratégies des écologistes et des socialistes, au cours des récents scrutins.

Bien que ne se présentant pas aux élections législatives, Anne Hidalgo a mené campagne tout au long des dernières semaines… contre l’implantation dans la capitale de la Ministre du Logement et de l’Egalité des territoires. Soupçonnant Cécile Duflot de vouloir se présenter au prochain scrutin municipal en 2014 suite à son élection en tant que députée de Paris en juin 2012, la première adjointe au Maire de Paris et ses acolytes de la fédération PS ont longtemps fait planer le risque d’une candidature PS dissidente, susceptible de compromettre l’arrivée de l’ex-secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts.

A la négociation de l’accord national avec le PS, les écologistes de la capitale réclamaient trois circonscriptions dont deux gagnables (la 5ème ou la 6ème ; la 10ème ou la 11ème). Réclamant une circonscription de l’Est parisien, Cécile Duflot a privilégié la 6ème, malgré la volonté de la députée sortante Hoffmann-Rispal de briguer un troisième mandat alors que Tony Dreyfus ne se représentait pas dans la 5ème circonscription voisine. Pourquoi une telle détermination ? A cheval sur les stratégiques 11ème et 20ème arrondissements, sa nouvelle terre d’élection compterait bien plus de Conseillers de Paris (les vrais électeurs du Maire) que les 3ème et 10ème arrondissements, pourtant plus sensibles à l’écologie politique. Plus stratégique, une possible candidature à l’Hôtel de Ville à partir du 20ème arrondissement n’est donc pas à exclure.

Si  Cécile Duflot n’a aujourd’hui toujours pas fait preuve publiquement de son intérêt pour la Mairie de Paris, le poste de Bertrand Delanoë attise les convoitises des écologistes parisiens. Plus qu’un simple décor de rivalités entre deux forces de gauche, l’Hôtel de Ville de la capitale d’un pays aussi centralisé que la France du territoire le plus peuplé et le plus riche de France est un acteur à part entière de leur « conflit » : son passé prestigieux, les marges de manœuvre financières et donc politiques qu’il offre ainsi que sa constante médiatisation a toujours suscité des ambitions, alimenté les rivalités et exacerbé les tensions, y compris à l’intérieur même des familles politiques.

Des relations compliquées par le poids de leur électorat commun

Co-artisans de l’impensable prise de Paris en 2001, et depuis partenaires – seule configuration leur permettant de battre la droite – au sein de la majorité plurielle dominant la capitale depuis onze ans, le PS et EE-LV n’en sont pas moins rivaux au quotidien : ils sont en lutte permanente pour s’adapter le mieux possible à l’évolution sociologique du corps électoral et aux nouvelles attentes des Parisiens.

Se disputant le même électorat – les classes moyennes jeunes et diplômées – sur un territoire qui ne cesse de s’embourgeoiser, les deux formations ancrent Paris encore un peu plus à gauche à chaque nouveau scrutin. Ainsi, dans les arrondissements « populaires » en pleine gentrification de l’Est parisien, le duel entre écologistes et socialistes est aujourd’hui d’une intensité égale si ce n’est supérieure aux traditionnelles joutes politiques opposant droite et gauche.

Alors qu’un tiers de la population parisienne change tous les dix ans, les jeunes cadres surdiplômés remplacent progressivement les ouvriers à la retraite dans la capitale. Leur terre d’implantation favorite ? L’Est parisien, dans ces anciens quartiers populaires en pleine gentryfication, où les prix de l’immobilier sont moins élevés que dans le reste de la capitale.

Au-delà de cette bataille électorale pour attirer à eux le plus d’électeurs possibles, l’exercice du pouvoir depuis 2001 a également laissé des traces: la cohabitation entre deux cultures et pratiques politiques aussi antagonistes n’a pas tardé à produire des étincelles. Profitant de la tribune du Conseil de Paris, où les postures et idéologies respectives des 163 élus prennent bien souvent le pas sur la gestion quotidienne municipale, les écologistes ont commencé à faire entendre leur voix dissonante dès l’automne 2005.

Au nombre de 23 – et alors que leur position charnière les rendaient indispensables à Bertrand Delanoë pour voter ses différents projets – ils n’hésitèrent pas à mettre en minorité le Maire de Paris sur plusieurs dossiers (logements insalubres, jardin Sainte-Perrine). Une influence que les désormais 11 représentants d’EE-LV au Conseil de Paris n’ont plus : depuis l’élection municipale 2008, les socialistes disposent d’une quasi-majorité absolue et n’ont plus qu’à faire appel à leurs alliés historiques (PRG, PCF) et vassalisés de longue date pour faire passer leurs voeux.

Force politique devenue minoritaire voire anecdotique dans cette coalition parisienne de gauche, les écologistes cherchent, tant bien que mal, à tirer profit de cette alliance sans se laisser enfermer pour autant dans un rôle de supplétif. C’est pourquoi EE-LV se singularise régulièrement de la position de Bertrand Delanoë, notamment sur Autolib’ et divers projets d’aménagement du territoire comme les chantiers des Halles ou la rénovation du stade de Jean Bouin. Objectif: montrer leurs différences de vues pour compter en 2014. Tandis que les écologistes vantent aujourd’hui leur « liberté » par rapport au PS, les socialistes sont en ce moment, eux, libres de conduire leur propre politique…

Humiliés en 2008, EE-LV Paris entend bien prendre sa revanche

Pour autant, le PS parisien ne peut plus prédire l’avenir municipal en se contentant de cette grille de lecture autoritaire héritée de 2008. La faute aux scrutins intermédiaires organisés ces dernières années, qui n’ont pas franchement consacré leur hégémonie sur la gauche parisienne.
Emmenés par Daniel Cohn-Bendit, les écologistes de la capitale ne furent pas loin de doubler le score socialiste aux européennes de juin 2009. Sans conserver leur position de première force de la gauche française à Paris, ils confirmèrent toutefois leur montée en puissance lors des élections régionales suivantes.

C’est sur la base de cette dynamique électorale qu’ils sont parvenus à négocier un accord législatif avantageux avec le grand frère socialiste, à l’automne 2011. La première secrétaire du PS Martine Aubry, dont le seul mandat électoral – celui de Maire de Lille – est conditionné par son entente avec les écologistes locaux, a rapidement cédé une place dans l’Est de la capitale à sa semblable d’EE-LV. Sans considérations aucunes pour Bertrand Delanoë – son soutien depuis le Congrès de Reims et qui avait fait de ce «parachutage» un casus belli – ni de son propre directeur de cabinet Jean-Marc Germain – mari de son amie, porte-parole au cours de la primaire socialiste, et candidate PS présumée en 2014 Anne Hidalgo.

Alors que la gauche doit se trouver un successeur à l’actuel Maire de Paris Bertrand Delanoë, qui a d’ores et déjà annoncé qu’il ne se représentera pas en 2014, les écologistes crient haut et fort leur ambition : conserver la capitale avec leurs partenaires et concurrents socialistes par le biais d’une entente d’entre-deux tours, mais inverser les rapports de forces de la majorité plurielle grâce à un meilleur score de premier tour.

COMPLÉMENT D’ACTUALITÉ (4 septembre 2012)

La campagne parisienne n’a pas encore commencé que le match entre Anne Hidalgo et Cécile Duflot semble déjà plié, à en croire un sondage paru dimanche 2 septembre dans le JDD. La nouvelle députée de Paris ferait certes mieux que son collègue Denis Baupin en 2008, mais sa candidature ne provoquerait pas d’onde de choc à gauche.
Avec 9% des intentions de vote, la membre du gouvernement social-démocrate de Jean-Marc Ayrault subirait de plein fouet la concurrence d’une liste de Ian Brossat (Front de Gauche: 8%) et ne parviendrait pas à inquiéter Anne Hidalgo (38%). Si tant est qu’elle ait encore l’ambition de se lancer… Rien n’est moins sûr désormais.

PAR AILLEURS:

Qu’est-ce que la géopolitique ? Discipline – et non science – à l’intersection de la géographie, de l’histoire contemporaine et de la science politique, la géopolitique étudie les rivalités sur un territoire considéré comme un enjeu de pouvoir en tant que tel.
Paris, capitale de la France, à la fois municipalité et conseil général, centre névralgique d’une région regroupant 18% de la population nationale et réalisant près d’un tiers du PIB de la France, est un théâtre géopolitique unique.
Lire ma note sur les liens unissant la géopolitique et le journalisme.

Pourquoi ce travail approfondi ? Ce travail a été réalisé dans le cadre d’un mémoire de master 1 à l’Institut Français de Géopolitique. Soutenu début juillet, il a été noté 14 sur 20.

Mémoire à télécharger et/ou à lire en intégralité ici

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Comments
One Response to “La bataille de Paris, un duel entre socialistes et écolos ?”
  1. Je partage sur facebook, bon article, merci

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