Les transports, vecteurs du leadership ivoirien

Article paru dans le Journal du Parlement

Si elle occupe encore une position stratégique dans le commerce africain, la Côte d’Ivoire le doit en grande partie à ses infrastructures de transports performantes. Peu entretenues au cours de la crise politico-militaire des années 2000, le gouvernement ivoirien les modernise aujourd’hui pour accroître davantage son leadership.

Aussitôt la crise ivoirienne terminée, le pays a immédiatement repris sa marche en avant dans le domaine des transports. Faisant le pari que des infrastructures efficaces induiraient une meilleure intégration dans le jeu économique mondial, l’accélération de la croissance économique et donc la réduction de la pauvreté, le gouvernement a fait de la politique des transports une de ses priorités.

Ainsi, de nouvelles plateformes logistiques et des entrepôts supplémentaires devraient être construits aux alentours du port autonome d’Abidjan, déjà premier port d’Afrique de l’Ouest (devant Lagos, Dakar et Lomé). Abritant 65% des industries ivoiriennes, les zones portuaires d’Abidjan et de San Pedro sont les véritables poumons de l’économie nationale.

Le port d’Abidjan s’ouvre à l’international

Qu’à cela ne tienne, leurs six kilomètres de quais et leurs équipements modernes – permettant également de les rendre compétitifs sur le marché international – les ont rendus indispensables à l’arrière-pays ivoirien. Alors que 70% des échanges extérieurs du Burkina Faso, du Niger et du Tchad transitent par les deux principaux ports ivoiriens, ceux-ci sont parvenus à traiter en parallèle la demande asiatique, sans cesse croissante, de matières premières.

De tels volumesle trafic de San Pedro et Abidjan pèse plus de 20 millions de tonnes d’import/export par an seraient inimaginables si les ports ivoiriens étaient mal desservis. Le fait que le Burkina Faso privilégie Abidjan pour ses échanges commerciaux plutôt que Lomé, tient au fait… qu’une ligne ferroviaire relie Ougadougou à la capitale économique ivoirienne en deux jours, et facilite autant le fret minéralier que le transport de personnes.

Crédits photos: Félix Krohn by Flickr

Comme l’a confirmé une réunion des Ministres des Transports le 15 mars 2012, cette liaison sera réhabilitée à partir de 2013, et surtout prolongée (2.681 kms au total) jusqu’à Niamey (Niger) et Cotonou (Bénin). Des interconnexions supplémentaires devraient venir renforcer l’attractivité du chemin de fer ivoirien. Une nouvelle ligne doit également être construite entre le deuxième port du pays, San Pedro, et Touba (Nord-Ouest) afin de faciliter l’évacuation des minerais depuis la Guinée, toute proche.

Un maillage avec l’arrière-pays efficace

Les trains circulant sur ces nouvelles voies atteindront des vitesses susceptibles de faire du réseau ferroviaire un concurrent direct du transport routier. Malgré le volontarisme politique en faveur du chemin de fer, le réseau routier – qui représente encore près de 90% du trafic de marchandises – n’est pas laissé à l’abandon, loin s’en faut.

Grâce à une participation accrue du secteur privé et à l’injection de 1.000 milliards de francs CFA (1,5 milliard d’euros) d’ici 2015, le réseau existant devrait lui aussi être amélioré. Longtemps considéré comme un pilier du développement ivoirien, le maillage du territoire par le réseau routier (plus de 85.000 kms de routes et de pistes) permettait déjà de relier aisément le sud forestier aux savanes du Nord.

Alors que moins de 10% des routes sont aujourd’hui bitumées, la construction de 2.500 nouveaux kilomètres de routes bitumées, ainsi que le renforcement de 840 existant, sont au programme de ce vaste plan d’aménagement. L’autoroute du Nord, reliant aujourd’hui Abidjan à Yamoussoukro devrait très prochainement être prolongé jusqu’à Ouagadougou, tandis que d’autres liaisons internationales telles qu’Abidjan-Accra (Ghana) sont actuellement à l’étude.

Par ailleurs, 13.700 kms de pistes villageoises en latérite seront également réhabilitées. Résultat : toutes les régions du pays, y compris les zones rurales, devraient être accessibles par la route. De nouvelles gares routières devraient bientôt sortir de terre, afin que des liaisons entre la gare d’Adjam, à Abidjan et les principales villes de province, voire les capitales des pays voisins, soient quotidiennement assurées par les différentes compagnies de cars (UTB, STIF, STK)

En réalité, le seul point faible du réseau de transport ivoirien réside dans le ciel.  Que ce soit en termes de transports de passagers ou de fret de marchandises, l’aéroport d’Abidjan est loin de rivaliser avec ceux de Dakar, de Casablanca ou de Johannesburg. La cause ? Ces dernières années, seules des compagnies étrangères (Air France, Royal Air Maroc, South Africain Airways) exploitaient les trois aéroports internationaux (Abidjan, Yamoussoukro et Bouaké) et les quatorze aéroports régionaux (Daloa, San Pedro, etc…) dont dispose la Côte d’Ivoire.

Air Côte d’Ivoire relance l’aéroport d’Abidjan

En créant «Air Côte d’Ivoire» en lieu et place d’«Air Ivoire», qui – ruinée par une immense dette et des effectifs pléthoriques – avait déposé le bilan en 2010, le gouvernement espère faire passer la fréquentation de l’aéroport d’Abidjan de 600.000 à 1 million de passagers d’ici la fin de l’année.

Grâce à un capital réparti entre l’Etat (51%), Air France (20%) avec qui un partenariat technique et stratégique a été noué, le fonds Aga Khan (15%) propriétaire d’Air Mali et d’Air Burkina, ainsi que d’autres investisseurs privés (14%), la nouvelle compagnie aérienne semble avoir pris les dispositions nécessaires pour ne pas se contenter de flatter coûteusement l’orgueil national.

Desservant de façon autonome les principaux aéroports du pays, Air Côte d’Ivoire se répartira avec Air Mali et Air Burkina les liaisons entre plusieurs capitales de l’Afrique subsaharienne. Le partenariat avec Air France – elle-même membre de l’alliance mondiale SkyTeam – laisse quant à elle espérer de possibles vols internationaux vers le reste du monde, dès que l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan sera certifié par l’aviation américaine.

Pour rivaliser dans le cadre de la mondialisation, le continent africain a besoin d’infrastructures de transports efficaces. La Côte d’Ivoire l’a compris très tôt et tire parfaitement son épingle du jeu. Même au cours de la dernière décennie de crise politique, militaire et économique qui avait empêché le développement des réseaux de transport, les pays voisins d’Afrique de l’Ouest étaient restés dépendants des installations ivoiriennes.Gourmand, le pays d’Alassanne Ouattara a désormais fait des transports un axe de la relance ivoirienne.

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