Paris: chronique d’une métropole en gestation

A la veille de l’acte III de la décentralisation, l’Ile-de-France est décidée à prendre son avenir en main, en se dotant d’un outil de gouvernance à l’échelle de la métropole. Attention cependant à ne pas marginaliser certains territoires ni à rajouter un échelon dans le millefeuille institutionnel.

Article paru dans La Salle des Colonnes.

Alors que la décentralisation devrait s’inviter au Parlement à l’hiver prochain, les élus franciliens affutent leurs arguments pour passer la vitesse supérieure. Se confrontant depuis 2008 sur le devenir de la région-capitale, les Maires membres de Paris Métropole publient fin juin un Livre Vert sur la gouvernance.

But de l’opération : recueillir les différents scénarios envisagés à l’échelle de la métropole, en débattre avec leurs équipes municipales et leurs administrés, avant d’émettre des propositions communes dans le prochain débat législatif… Pour se libérer du joug de l’Etat avec qui elle entretient des relations difficiles, l’agglomération parisienne doit démontrer qu’elle est capable de s’auto-gérer. En cela, quelle meilleure preuve donner de sa « maturité » qu’un consensus sur la forme de la prochaine métropole ?

Longtemps, cette épineuse question venant contrarier de multiples intérêts et corporatismes locaux n’avait pas été abordée au sein du syndicat mixte Paris Métropole, alors même que «l’objectif affiché a toujours été l’émergence d’un mode de gouvernance capable de gérer à la bonne échelle, l’insuffisance de logements, la saturation des transports, l’essoufflement de l’attractivité économique parisienne, tout en réduisant les inégalités socio-spatiales» rappelle Matthieu Jeanne, doctorant en géopolitique locale. La préservation des prérogatives des élus et des municipalités était alors privilégié aux problèmes insupportables qui se posaient aux Parisiens…

Mais aujourd’hui, l’accumulation de circonstances comme le retour en force de l’Etat dans le Grand Paris, la récente montée en puissance d’intercommunalités, et la signature des contrats de développements territoriaux (CDT) entre communes et préfets, laisse planer le risque d’éclatement du territoire francilien. Et hypothèque du même coup l’avenir de Paris Métropole, tant que les membres se contentaient de discuter en lieu et place d’agir…

Désormais, tous les acteurs métropolitains reconnaissent donc le caractère urgent de la situation. «Des politiques publiques stratégiques qui nous concernent tous comme le logement ou le transport manquent cruellement d’une gouvernance métropolitaine» constate Jean-Pierre Caffet, sénateur (PS) de Paris. Reste que tous ne prônent pas encore la même solution, comme l’explique le sénateur (UMP) de Seine-Saint-Denis Philippe Dallier : «à gauche comme à droite, ceux qui ont du pouvoir ne veulent rien lâcher et ceux qui ont de l’argent ne sont pas enclins à le redistribuer.» Trois familles de pensées peuvent être identifiées et quatre scénarios sont encore envisagés à l’heure actuelle.

Le premier – celui de la métropole concertée – est «l’approfondissement du schéma actuel», avec une meilleure coordination souhaitée entre les différentes collectivités. Un statu-quo qui ne dit pas son nom, toutefois soutenu par Jean-Paul Huchon et ceux inquiets du sort du Conseil régional et/ou de la grande couronne, au cas où demain, un cœur de région viendrait à revendiquer compétences et ressources fiscales.

La métropole confédérée de Bertrand Delanoë consisterait elle à la création d’une nouvelle structure dans le schéma institutionnel francilien, «une instance de coopération chargée d’établir une stratégie cohérente» clarifie Jean-Pierre Caffet, qui a récemment remis un rapport sur la métropolisation des politiques publiques au Maire de Paris. Ne retirant pas leur autonomie aux collectivités, ce pôle serait accompagné de trois autorités métropolitaines disposant d’une compétence de programmation, de moyens financiers et du pouvoir de contrainte sur les dossiers stratégiques d’Ile-de-France (transport, logement, développement économique).

A mi-chemin entre les projets d’Huchon et Delanoë, une troisième hypothèse fait état d’une structure métropolitaine, basée sur des objectifs contractualisés et des partenariats entre élus locaux. «Il nous faut un outil de gouvernance, mais le président du Conseil Régional et le Maire de Paris n’y réfléchissent qu’en termes de citadelles assiégées et de rivalités de pouvoirs» déplore Philippe Dallier, partisan d’un quatrième scénario qui allierait «efficience technique et gouvernance politique», à savoir celui d’une collectivité métropolitaine en plein exercice.

Cette métropole intégrée impliquerait la fusion des trois départements de la petite couronne dans celui de Paris, et une redistribution des compétences. Une simplification de la carte institutionnelle qui ferait émerger, selon lui, un leadership capable de résoudre les problématiques auxquels fait face la métropole… mais ferait parallèlement courir le risque d’une marginalisation de l’Ile-de-France péri-urbaine.

Avant de vivre un moment historique qui pourrait enfin voir l’agglomération parisienne se doter d’un pilotage métropolitain et d’une vision commune, il reste donc aux acteurs métropolitains à trancher en faveur de tel ou tel scénario. S’ils y parviennent dans ce calendrier législatif plus que serré, nul doute qu’instaurer une solidarité financière entre territoires inégaux et faire gagner la métropole en attractivité et ainsi la maintenir comme une ville-monde, ne serait plus qu’un jeu d’enfant. S’ils y parviennent, donc…

Le Grand Londres, un exemple pour Paris ?

Dopé par l’organisation des JO 2012, la métropole londonienne est aujourd’hui la seule ville européenne à pouvoir concurrencer la Big Apple de New York ou encore Tokyo. Avec trois niveaux de gouvernance globale et 34 locales, quand l’Ile-de-France en compte six pour 1414 locales, le Grand Londres dispose d’un système institutionnel simplifié et d’une vision cohérente pour appliquer ses politiques publiques stratégiques.  «Le Grand Londres est bien en avance, leur Maire est déjà élu au suffrage universel. Peut-être que nous arriverons à leur modèle dans 20 ans, mais dans les mois ou années à venir, laissez-moi en douter» tranche, pessimiste, le Sénateur (PS) et Adjoint au Maire de Paris, Jean-Pierre Caffet…

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