De l’Hôtel de Ville de Paris aux Ministères, un exode post-6 Mai ?

Bien que le casting de Jean-Marc Ayrault ait déjà été dévoilé, la lutte des places ne fait que débuter. Depuis mercredi se répartissent non plus les maroquins ministériels mais les quelques 400 postes en cabinets, antichambres de la vie politique ou du pantouflage dans le privé.

Pas aussi médiatisée que les nominations au gouvernement, cette course aux postes de directeurs de cabinets, de conseillers politiques, de chargés de mission ou encore de conseillers techniques n’en est pas moins féroce. Ouvrant à leurs détenteurs – régulièrement mis en disponibilité par leurs corps d’origine – une voie royale pour l’avenir, ces emplois très prisés donnent lieu à d’importantes manœuvres d’influence et mobilisations de réseaux.

La Mairie de Paris, une collectivité pas comme les autres

Les Ministres devant composer des équipes équilibrées – entre fidèles collaborateurs politiques et hauts-fonctionnaires experts de leurs nouvelles prérogatives –, différents profils peuvent espérer rejoindre ces lieux de pouvoirs.
Les magistrats de la Cour des Comptes ou du Conseil d’Etat s’y cooptent le plus naturellement du monde, comme les diplomates, les préfets ou les jeunes générations de l’Inspection des Finances.
Avec un vivier de plus de 50.000 salariés* dont une infime partie a déjà été en responsabilité du temps de Lionel Jospin, la Mairie de Paris sauve l’honneur des collectivités territoriales dans cette opération-recrutement.

Dans une France encore très jacobine malgré ses lois de décentralisation, la haute-administration parisienne n’est pas régie par le statut de la simple fonction publique territoriale: digne d’une véritable administration d’Etat, l’ensemble des postes à responsabilité sont trustés par des énarques, aux profils tout aussi employables que leurs camarades œuvrant dans la diplomatie ou la préfectorale.

Décidément, la Mairie de Paris n’est pas une collectivité comme les autres.

D’autant plus que, si le CV et l’expérience professionnelle jouent considérablement dans le processus des nominations en cabinets, cette donne n’en reste pas moins corroborée… au passé militant socialiste de chacun.
Heureux hasard: lorsque la gauche perdait toute responsabilité nationale en 2002 et que les conseillers sortants de la « Jospinie » cherchaient à se recaser, nombreux sont ceux à avoir trouvé refuge au sein de l’administration de la capitale, dirigée depuis 2001 par… Bertrand Delanoë, lui-même un fervent jospiniste.

Une politisation à tous les niveaux de l’administration

Sans reprendre les arguments de l’UMP Paris – mal placée pour faire des reproches après les excès tibéristes et chiraquiens de 1977 à 2001 – qui dénonce régulièrement la politisation de l’administration de la capitale, il faut reconnaître que le recrutement au crible du filtre socialiste a autant concerné les principaux directeurs de services que des centaines d’agents de catégories moyennes et supérieures.

Ainsi, il est facilement vérifiable qu’avant d’être un spécialiste de la mobilité, l’actuel Directeur de la Voirie et des Déplacements de la mairie de Paris a été conseiller auprès du Ministre de l’Economie et des Finances, Laurent Fabius, jusqu’en 2002.
Ou encore que, plus légitimement, le Directeur du Logement et de l’Habitat a été directeur de cabinet du secrétaire d’Etat au Logement ; que le Directeur des Affaires juridiques de la Ville de Paris a été conseiller technique de la Garde des Sceaux Elisabeth Guigou, sous Lionel Jospin ; que le directeur général d’Eau de Paris a été directeur de cabinet des Verts Dominique Voynet et Yves Cochet au Ministère de l’Environnement, etc…

Suivront-ils la voie ouverte par Laurence Engel, énarque et normalienne de 45 ans, qui fait son retour Rue de Valois après son expérience a l’Hotel de Ville ? Ephémère conseillère technique de Catherine Tasca de 2000 à 2002, recrutée au cabinet de Bertrand Delanoë puis promue Directrice des Affaires culturelles de la Ville de Paris six ans après, elle a été nommée le 23 mai dernier Directrice de cabinet de la néo-Ministre de la Culture, Aurélie Filipetti.

Ces hauts-fonctionnaires devront faire un choix, et rapidement: car depuis le 6 mai, la Mairie de Paris retient son souffle et perd en productivité. Fait directement imputable aux directeurs – trop occupés à choyer leurs anciens réseaux pour mieux retrouver leurs Ministères chéris – ou à certains managers tout aussi ambitieux et politisés.

Comme Lionel Bordeaux, responsable de Paris Numérique propulsé Rédacteur en chef de l’équipe numérique de François Hollande pendant la campagne, probablement à la recherche d’une première expérience ministérielle. A moins qu’il ne se laisse tenter par la fonction de Directeur adjoint de la DiCom de Paris, poste qui vient de se libérer… suite au transfert de la titulaire en question, au Ministère de l’Éducation.
Ou encore Marianne de Brunhoff, sous-directrice de la Ville de Paris, chargée de l’insertion et de la solidarité qui devient conseillère technique au cabinet de la Ministre déléguée en charge de la réussite éducative, la parisienne Georges Pau-Langevin.

La Mairie de Paris a déjà perdu son Maire-bis

Au-delà de ces cas particuliers, il est fort prévisible que le Maire de Paris Bertrand Delanoë – à défaut d’avoir obtenu le Ministère régalien qu’il ambitionnait – porte une attention particulière à la lecture du Journal Officiel ces prochaines semaines…

Le départ de son efficace Directeur de cabinet, Nicolas Revel, « un type qui faisait tout tourner à la Mairie de Paris » pour le secrétariat général de l’Élysée (il devient l’adjoint de Pierre-René Lemas, par ailleurs ancien directeur de Paris Habitat jusqu’en septembre 2011) n’aurait d’ailleurs pas été ressenti comme une « bonne nouvelle » par le Maire.
Surtout qu’il vient également d’enregistrer la fuite au 55 rue du Faubourg Saint-Honoré d’un autre talent à son service, Paul Bernard, un normalien de 35 ans, ancien de Publicis puis permanent au sein de la fédération PS de Paris devenu son conseiller spécial lors de sa seconde mandature.

Ces départs non prévus viennent s’ajouter à ceux de Manuel Bougeard, parti occuper les fonctions de directeur du cabinet de Michèle Delaunay (Personnes âgées et dépendance) et de François Poupard, lui aussi conseiller du maire de Paris, devenu directeur adjoint du cabinet de Frédéric Cuvillier au ministère des Transports et de l’économie maritime.

L’idée n’est pas ici de dénoncer la politisation du cabinet du maire (ce qui est plus que logique!) ou de l’administration (ce qui est plus contestable) de la mairie de Paris, mais l’emprise de cette institution sur le Parti socialiste et donc l’absence de diversité des nouvelles élites de la France. Car c’est peu dire que la mairie de Paris n’est pas représentative de l’ensemble des collectivités territoriales, et que le PS parisien n’est guère comparable au socialisme originel ou tout du moins à celui pratiqué dans la plupart des villes de province.

* 51 014 salariés selon le bilan social 2010, dont 31% soit 15 000 agents de catégorie A ou B.

Note: Que le Maire de Paris se rassure pour autant, l’exode tant attendu depuis plusieurs semaines ne devrait pas non plus être considérable: au nombre de 550 sous le précédent gouvernement Fillon, cette caste ministérielle ne devrait officiellement pas dépasser les 430 postes sous le gouvernement Ayrault… A défaut d’un gouvernement restreint, François Hollande s’est engagé à ce qu’un Ministre n’ait dorénavant plus le droit d’embaucher que 15 conseillers, tandis que le cabinet d’un Ministre délégué ne devrait pas excéder 10 postes.
Une telle limitation, conjuguée à dix ans de relégation sous la droite de toute une génération de hauts-fonctionnaires de gauche, devrait donne un avantage non négligeable au sérail administratif traditionnel et aux corps d’État plus qu’aux collectivités locales. Paris y compris.

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Comments
2 Responses to “De l’Hôtel de Ville de Paris aux Ministères, un exode post-6 Mai ?”
  1. Poste très instructif . Merci hugosoutra.wordpress.com avoir pris le temps de partager votre point de vue avec nous. cordialement

  2. Nice! Je voulais juste répondre. J’ai beaucoup aimé votre post. Continuez votre excellent travail sur hugosoutra.wordpress.com.

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