Shalit, les dessous d’une libération intéressée

Dimanche 18, Israël a relâché 550 détenus palestiniens dans le cadre de l’échange ayant permis la récente libération du soldat israélien Gilad Shalit.
Je ne suis pas certain que les militants pro-palestiniens doivent s’en réjouir. Non pas que ces «prisonniers aient du sang sur les mains» – ce qui reste encore à démontrer – mais parce que cette libération obéit à une logique stratégiquement implacable.

Crédits photo: droits réservés

Pourquoi Israël a-t-il attendu plus de cinq ans pour négocier puis finalement accéder à la  demande initiale du Hamas – le parti au pouvoir à Gaza, preneur d’otages du Sergent Shalit – et ainsi relâcher en deux fois 1000 détenus palestiniens ?
Pour d’évidentes raisons humanitaires, voire de politique interne, me répondrez-vous : le cas de ce jeune soldat est, en effet, devenu une véritable cause nationale.

Outre le reproche continuellement fait à Benjamin Nétanyahou d’isoler son pays sur la scène internationale, le premier ministre israélien est en effet confronté depuis plusieurs mois à un mouvement social inédit, particulièrement de la part de sa jeunesse. Cette libération est donc une victoire qui lui permet de reconquérir une certaine légitimité auprès de son peuple.

Mais pas seulement: le président israélien, dans la perspective du conflit avec son voisin palestinien, en a également profité pour conforter la stratégie de son pays : « diviser pour mieux régner. »

Depuis fin septembre, Mahmoud Abbas négocie à l’ONU la reconnaissance de l’État palestinien (bien que sans ressources, terres arables, ni eau). La première levée du drapeau palestinien dans le ciel d’une institution onusienne, celui de l’Unesco mi-décembre, est également à créditer sur le compte du chef du Fatah (au pouvoir en Cisjordanie) et président de la peu indépendante et probablement corrompue Autorité Palestinienne. Mahmoud Abbas sort donc d’une séquence positive.

En relâchant 477 détenus le 18 octobre, puis 550 le 18 décembre, Israël contribue en réalité à renforcer le mouvement Hamas et donc à apprivoiser les divisions internes entre les deux principaux partis palestiniens, historiquement rivaux.

L’objectif ? Diviser les gouvernants palestiniens, à un moment où les islamistes du Hamas – faute d’alliés fiables et de financements – réfléchissaient à l’éventualité d’opérer un rapprochement avec le Fatah et Mahmoud Abbas…
C’est ce qu’on appelle faire d’une pierre deux coups. Au risque, néanmoins, de radicaliser une partie des Palestiniens et de remettre au cœur du jeu une organisation terroriste jusqu’alors en perte de vitesse. Affaire à suivre.

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