De l’intérêt de « libérer » les données publiques

Article paru dans La Salle des Colonnes.

Audit des politiques publiques, géo-localisation des arrêts de bus ou statistiques civiles,  les collectivités territoriales possèdent des quantités phénoménales de données publiques. Souvent inexploitables par la voie informatique, ces épais catalogues demeurent indigestes pour le citoyen.

«Un fichier brut téléchargeable sur le site de la mairie ne permet pas de comprendre le budget municipal. Mais un intermédiaire peut le rendre accessible à tous en créant des services web, des infographies ou des applications pour smartphones» tonne Claire Gallon, bloggeuse-partisane de «l’open-data, un combat éminemment démocratique».

La libre réutilisation (gratuite) de ces documents garantirait un renforcement du débat public et une meilleure intégration du citoyen dans la décision politique.

Un service public moderne, de proximité

«A Rennes, nous nous sommes lancés en 48 heures » confie Xavier Crouan, le Directeur de la communication de l’époque. La capitale bretonne a été la première collectivité française à publier ses données publiques, dès octobre 2010: «nous savions que 85% de l’accès internet en 2015 se fera via les téléphones mobiles et les tablettes numériques» continue le père du projet, «or les applications qu’elles proposent ne fonctionnent qu’avec des bases de données».

Une aubaine pour les collectivités territoriales, dernier échelon de proximité avec le citoyen, qui peuvent ainsi «valoriser» leurs données. N’étant pas éditrice d’applications, la municipalité rennaise a ouvert un concours d’applications aux étudiants, PME et associations, avec 153 jeux de données.

Plus de quarante services ont été créés grâce à la libération de cette matière première : une promenade touristique en réalité augmentée, un logiciel d’itinéraire pour les personnes à mobilité réduite, une application pour connaître la disponibilité en temps réel des vélos en libre-service, etc…

Toutes ont pour mérite de faciliter le quotidien des citoyens et les inciter à l’usage des transports en commun, mais le retour sur investissement du Maire Daniel Delaveau reste difficilement mesurable. Le risque était toutefois minime: le coût de l’opération (100.000 euros) étant pris en charge à hauteur de 80% par des partenaires privés comme Keolis ou Ouest-France.

Essentiellement appliqué par de grandes agglomérations (Paris, Nantes, Bordeaux), l’open-data a aussi été mis en place au Conseil général de Saône-et-Loire, et de façon plus artisanale à Saint-Maur-des-Fossés: le cadastre et le SIG de la ville ont été numérisés mais la «publication des complexes données du transport ou du budget» n’est toujours pas à l’ordre du jour.

Certaines collectivités ont peur de leurs propres citoyens

L’adjointe au Maire en charge des nouvelles technologies, Pascale Luciani-Boyer prévient : «cela nécessite du temps, de la compétence et de l’argent » ainsi qu’un minimum de pédagogie, «car tout ce qui permet au citoyen, habitant ou usager de s’approprier son territoire effraie élus et administrations !», alors qu’à côté de son volet  démocratique, l’open-data développe la coopération inter-administrations et vient aussi doper l’économie numérique locale, voire créer même des emplois.

«Les applications développées par les citoyens ne souhaitent pas nuire à la communauté ou à ses élus, elles semblent vouloir rendre un service manquant» fait valoir Sylvain Hellegouarch du collectif Regards Citoyens, à l’initiative des sites NosDeputes.fr et NosSenateurs.fr

Derrière les freins psychologiques et culturels des collectivités, peuvent également se cacher d’épineuses questions techniques et juridiques : une licence de réutilisation suffit-elle pour se protéger d’un usage fallacieux ? Oui. Les données nominatives, relevant de la vie privée ou touchant à la sécurité nationale sont-elles publiables ? Non.

La mission Etalab, qui a créé début décembre 2011 le portail data.gouv.fr se propose d’aider les collectivités locales dans leurs démarches, voire d’héberger leurs données. A l’utilisateur, il permet ainsi des approches différentes : extraire la donnée pour le développeur, l’analyser pour le journaliste et la visualiser pour le citoyen !

L’open-data ailleurs

En France, le site internet de données ouvertes www.data.gouv.fr existe depuis début décembre 2011. Bien avant, il y eu le site www.data.gov américain et aussi le site www.data.gov.uk en  Angleterre. Mais ce sont les collectivités territoriales et notamment la ville de Montréal, qui restent en pointe de l’open-data.

En répertoriant les données ouvertes relatives aux inspections sanitaires, l’application Resto-Net.ca identifie les restaurants «cancres» de la municipalité canadienne. ZoneCone.ca permet elle d’éviter les chantiers de construction et donc de possibles bouchons.

Le service BudgetPlateau.com invite les administrés de l’arrondissement du Plateau-Mont Royal à rentrer dans la peau de leurs élus : l’application leur permet de définir les priorités d’investissement et surtout de soumettre leur propre budget si ce dernier est à l’équilibre.

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