Goldman Sachs à la « rescousse de l’Europe »…

De l’autre côté de l’Atlantique, qui n’a pas déjà entendu que «les intérêts mutuels des Etats et du lobby bancaire expliquent l’absence de règlementation», ou encore que «les liens tissés par les milieux financiers avec la classe politique ont conduit à la crise de 2008» ? En Europe, la probabilité est moindre d’entendre pareil grief.
Le « shadow banking » et le rôle joué par Goldman Sachs prêtait jusqu’ici relativement peu à polémique. Jusqu’au 1er novembre 2011, donc.

  1. Ce triste jour d’automne, Mario Draghi, ancien directeur exécutif de la Banque Mondiale, patron du Trésor italien au cours de la décennie 1990 puis vice-président de la filiale internationale de la banque Goldman Sachs est devenu le nouveau président de la Banque Centrale Européenne.
    Pourtant, son expérience au sein de l’établissement américain intrigue: il est soupçonné d’avoir joué un rôle dans le maquillage des comptes grecs, permettant au gouvernement hellénique de « respecter » les critères de Maastricht – avec un déficit non plus de 12% du PIB mais de 5,8%, un endettement de 90% au lieu de 120% – et ainsi d’adopter la monnaie unique, contre une facture de 300 millions d’euros.
  2. Gouverneur de la banque centrale grecque jusqu’en 2002 puis vice-président de la BCE, Lucas Papademos ne devait lui non plus rien ignorer de la situation financière de son pays avant qu’il n’adopte l’euro. Ce qui ne l’empêche pas d’être aujourd’hui considéré comme le seul personnage public grec « intègre », c’est-à-dire capable d’imposer les plans d’austérité réclamés par l’Union Européenne: il a été nommé à la tête du gouvernement hellénique le 10 novembre dernier.
  3. Une semaine plus tard, c’est au tour de l’ancien commissaire européen et conseiller international de Goldman Sachs depuis 2006, Mario Monti, de prendre la tête du nouveau gouvernement italien.
    Même s’il n’a eu qu’un rôle de «grandes oreilles», permettant à la banque américaine – contre rémunération – de bénéficier d’informations confidentielles et de pénétrer de façon «légale» au cœur du pouvoir européen, son éthique peut clairement être mise en doute.
    Il cumule malgré tout les fonctions de président du Conseil italien -composé de seize technocrates et un banquier- avec celle de Ministre de l’Economie.

Après les reconversions de Tony Blair chez JP Morgan, de Peter Mandelson à la Ditchley Foundation ou de Gérard Schroeder dans Gazprom, dans quelle banque pourraient bien pantoufler Monti et Draghi à la fin de leur carrière politique ? On vous laisse deviner… Plus généralement, on ne compte plus les ex-dirigeants politiques devenus gestionnaire de fonds ou administrateurs de grandes banques.

Aveu d’échec pour les personnalités politiques, l’arrivée à la tête de gouvernements et d’institutions européennes d’ex-«banksters», dont le projet de société n’a d’autre horizon que le rétablissement des comptes publics, s’est déroulée en singeant le processus démocratique, sans élections mais avec la seule approbation des parlements nationaux.

Ces technos – dont la réputation ne dépasse pas les cercles de décision bruxellois – ont été hissés au pouvoir dans leurs pays parce qu’ils possédaient «le profil pour rassurer les marchés», selon la formule consacrée. A croire que leurs expériences passées au sein de la banque privée Goldman Sachs était gage de confiance

L’entrisme et l’influence de cette entité spéculatrice dans le système institutionnel européen s’opère maintenant au grand jour. Si cette passation de pouvoirs a le mérite d’être « plus transparente », elle témoigne surtout de la porosité entre le financier et le politique ainsi que de l’indéniable main-mise du monde de la finance sur le pouvoir politique.

Aux Etats-Unis, les stratégies et les pratiques de la banque n’étonnent plus personne depuis de longues années.
Surnommée «Goldman Sacks» – littéralement «Goldman pille» – elle est déjà parvenue à placer ses anciens cadres dirigeants dans nombre d’institutions publiques ou privées, se garantissant ainsi une certaine capacité d’influence sur les gouvernants, ou du moins réduisant de facto leurs marge de manoeuvre. Une fois nommés hauts-fonctionnaires, ces « ex » sont notamment en charge de libéraliser encore un peu plus le monde de la finance, et de contrer toutes velléités de régulation.

Ainsi, c’est Robert Rubin, Secrétaire d’Etat au Trésor sous Bill Clinton après 26 ans de carrière chez Goldman Sachs, qui supprima la loi de 1929 séparant les activités de banques de dépôt et banques d’investissement. Son travail de dérèglementation financière fût savamment poursuivi par le directeur de cabinet de Georges W. Bush puis par son secrétaire d’Etat à l’économie intérieure, tout deux anciens de… Goldman Sachs, également.

Le coup de maître de cette pieuvre tentaculaire ? La propulsion du sulfureux Henry Paulson au poste de Secrétaire d’Etat au Trésor: à ce titre, cet ancien dirigeant de la banque d’affaire de 1999 à 2006 fût à l’origine du renflouement d’établissements de crédits hypothécaires dont les subprimes, titres pourris que Goldman Sachs avait mit sur les marchés avant de s’assurer de plantureux profits en pariant sur leur baisse.
Il est aussi considéré comme responsable de la chute en septembre 2008 de Lehman Brothers, le principal concurrent de son ancienne entreprise, en ayant fait campagne pour la non-intervention de l’Etat dans ce dossier qui déclencha la crise financière.

Malgré l’échec flagrant de cette politique d’ouverture politique vis-à-vis des marchés financiers aux Etats-Unis, les dirigeants européens invitent aujourd’hui des pontes de l' »Ancien monde » à imaginer une « nouvelle Union Européenne »: à eux de réfléchir aux solutions susceptibles de résoudre la crise financière dont ils sont en partie responsables…
Sans leur faire de mauvais procès en amont, permettez-moi simplement de ne pas être optimiste.

A lire: sans aller jusqu’à vous conseiller « Stratégie du choc, la montée d’un capitalisme du désastre » de Naomi Klein, vous pouvez tout de même commencer par « La Banque, comment Goldman Sachs dirige le monde » de Marc Roche.
MàJ: à ne pas louper non plus, « Circus Politicus » de Christophe Deloire et Christophe Dubois qui racontent notamment le destin d’anciens de Goldman Sachs devenus commissaires européens, tels le sulfureux Peter Sutherland, se cooptant à la tête de la commission Trilatérale et dans le comité d’organisation du Bilderberg.

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2 Responses to “Goldman Sachs à la « rescousse de l’Europe »…”
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