La semaine où l’UE a flirté avec la démocratie athénienne

Deux plans d’austérité après le déclenchement de la crise grecque, Georges Papandréou aurait-il découvert les vertus démocratiques ? Lundi soir, le premier ministre annonçait que le troisième « plan d’aide » à la Grèce serait soumis à référendum d’ici janvier 2012. En fin de semaine, l’idée de se référer à son peuple – dont les ancêtres inventèrent la démocratie – plutôt qu’à l’Union Européenne était finalement abandonnée.

Au nom d’un certain ordre économique, cet héritier de l’élite politique hellénique a été interdit de consulter ses administrés sur la solution à apporter à la crise grecque. Les sacrifices imposés à la société athénienne -qu’ils portent sur l’avenir des salaire, des services publics ou de l’économie en général- relèvent pourtant des fondements-même de la démocratie.

Lorsque le pays a été placé sous tutelle du FMI et de l’Union Européenne  afin d’accélérer la mise en place du nouveau programme de privatisation, la question de la souveraineté du peuple grec n’a pas été abordé une seule fois! Nouvelle preuve, s’il en faut une, que le temps-long de la délibération collective n’est décidément pas celui de l’ultra-rapidité des marchés.

Que les choses soient claires: si l’on se fie aux soubresauts de la bourse et à l’unanimité des gouvernants européens, l’annonce de ce référendum est très probablement une bêtise sur le plan économique. Mais d’un point de vue politique, bien qu’elle sert plus les intérêts personnels de Papandréou que la démocratie grecque et européenne, l’initiative est loin d’être condamnable.

Lire également: Démocratie (grècque) Vs. Dictature des marchés

Dix-huit mois après le début de la crise, les prévisions de la troïka FMI-BCE-UE concernant la croissance grecque et les rentrées fiscales n’ont pas permis d’atteindre les objectifs de réduction du déficit. Au point cette fois-ci, de remettre en cause l’austérité comme solution miracle.

Une crise institutionnelle majeure est venue s’additionner à la récession. Élu sur un programme totalement contraire à la politique menée depuis deux ans, Georges Papandréou ne disposait plus de la majorité au Parlement pour appliquer le «remède» européen made in Consensus de Washington.

Incompris sur la scène européenne, la paralysie interne du pays -sur le plan politique et social- ne lui laissait pourtant guère d’autres choix que de convoquer son peuple: la victoire du «oui» au référendum élargi à l’appartenance même à l’Union Européenne et non plus au seul plan d’aide –seule voie d’issue pour éviter l’accélération du processus de sortie de l’euro/retour à la drachme et la faillite du pays- devait lui permettre de retrouver un semblant de légitimité et de se maintenir au  pouvoir, le temps d’appliquer le troisième plan d’austérité.

Loin d’être un démocrate des temps modernes, son machiavélisme aurait pu satisfaire « Merkozy ». Raté, l »autoritaire couple franco-allemand -nouveau « moteur communautaire » de l’Europe- convoqua la presse pour une humiliation publique: Papandréou doit se soumettre à l’accord du 27 octobre ou bien quitter la zone euro ! Un chantage,au passage, digne du «TINA, there is no alternative» de Margareth Thatcher.

Dès lors que le maître de cérémonie Nicolas Sarkozy avait repris la main, on pensait que le G20 de Cannes -dont « l’ordre du jour avait été effacé par l’annonce du référendum grec »– allait enfin sauver le monde. Loin s’en faut!

Encore tout chamboulés, les grands de ce monde ne sont finalement pas parvenus à régler la crise de 2008 et à s’accorder sur la régulation financière ou la mise en place d’une taxe Tobin, objectif pourtant annoncé depuis deux ans de cette réunion. Mais une chose est sûre: la solution aux crises de la dette ne passe pas par l’invitation des peuples à la table des négociations.

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