Le train-train habituel du Président

Souvenez-vous, il fût un temps où la France était pionnière dans le domaine de la grande vitesse. Une période, où la ligne Rhin-Rhône n’aurait pas mis plus de vingt ans pour voir émerger son avant-dernier tronçon de 140 kilomètres (qui doit relier, à terme, Strasbourg à Lyon). Mais voilà, la volonté sans faille des investisseurs publics se heurte aujourd’hui à leur endettement massif. Sortez vos mouchoirs. A moins que… A moins que…

Nicolas Sarkozy inaugurant le tronçon devant lier à terme Lyon à Strasbourg. Crédits photos: SIPA

A moins que le sauvetage de la filière ferroviaire ne soit hissée au rang de priorité de l’État français. Ne se laissant pas miner par les difficultés croissantes du secteur (décryptage: conscient de l’opportunité politique s’offrant à lui), le président de la République Nicolas Sarkozy a inauguré en grande pompe ce chantier relancé sous Raffarin.

Une façon surtout de tirer la couverture à lui, en vantant un effort « sans précédent » d’une France redevenue industrielle et conquérante. Cette séquence d’un Président responsable, bâtisseur, si soucieux de la compétitivité française, conclut un habile travail de plus de six mois.

Alertés par les faibles niveaux de commandes enregistrés par Alstom en 2010, le gouvernement se donne pour mot d’ordre de remettre sur les rails une industrie exsangue. En atteste la tenue, pour la première fois, des Assises du ferroviaire -sorte de grenelle polluant réunissant l’ensemble des acteurs du secteur (industriels, entreprises, syndicats, élus, voyageurs).

Le prouve également, le nombre de rapports et audits -cinq au total- remis ces derniers mois à Thierry Mariani, Nathalie Kosciuzko-Morizet ou encore Christine Lagarde (lorsqu’elle était encore à Bercy). Last but not least, la commission d’enquête parlementaire a demandé l’intervention en urgence du Fond Stratégique d’Investissement (FSI) de l’Etat, pour venir au secours des fleurons Alstom et SNCF mais aussi de certains de leur sous-traitants.

La volonté politique paraît totale. Sauf qu’en réalité, elle s’écrit déjà en pointillé. Pour terminer le chantier entamé en 1982, l’État a décidé de libéraliser la construction du réseau français -en plus de l’ouverture prochaine à la concurrence du marché ferroviaire- en ayant recours aux dispendieux partenariats publics-privés (PPP).

Peu importe que ce « leasing » institutionnel réduise davantage à terme les déjà faibles marges d’investissement de la puissance publique, peu importe que le privé ne prenne en charge qu’environ la moitié des coûts et dispose d’une assurance tout-risques via les multiples pénalités ornant les contrats, peu importe que les multinationales du BTP (Eiffage, Bouygues, Vinci) confirment définitivement leur oligopole en se partageant habilement le gâteau.

Également sollicité par l’État pour mettre au bout tout en continuant à entretenir les rails, le gestionnaire du réseau RFF – déjà fortement endetté, trop en tout cas pour lever seul les fonds en pleine crise des finances publiques – survit en augmentant le prix à acquitter pour franchir ses péages (+43% depuis 2008).
Face à cette flambée des prix, la SNCF – qui ne dispose d’aucune marge de manœuvre – répercute cette hausse sur ses tarifs à la veille d’une ouverture à la concurrence qui l’inquiète considérablement.

Faute de crédits et alors que son modèle économique basé sur la péréquation économique [financer ses pertes (TER) par ses recettes (TGV)] est peu à peu remis en cause, la SNCF ne renouvelle pas sa flotte de TGV et assombrit par la même occasion l’avenir d’Alstom…

Plombée par une dette gigantesque d’environ quarante milliards d’euros et une rentabilité la fuyant toujours un peu plus, la filière ferroviaire voit déjà ses projets menacés. Seuls trois chantiers sont réellement engagés: la LGV Rhin-Rhône, dont deux des trois tronçons ne sont pas encore construits, la LGV Bretagne-Pays de Loire qui devrait s’achever fin 2016, et enfin la LGV Sud Europe Atlantique dont la branche Tours-Bordeaux devrait aboutir en 2017. Soit à la fin du second quinquennat que brigue Nicolas Sarkozy… La construction du TGV Paris-Normandie n’a elle pas encore débuté, tout comme les liaisons à grande vitesse Paris-Clermont Ferrand ou encore Lyon-Tours.

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