Le centre et le défi de l’indépendance en 2012

Un problème peut en cacher un autre! Outre la percée anxiogène du FN lors des élections cantonales, l’UMP doit désormais veiller à ce que la majorité présidentielle puisse toujours parler d’une seule et même voix. Et rien n’est moins sûr dans la période actuelle…

Fin 2010, Newsweek publiait en une la photograhie de Nicolas Sarkozy pour illustrer le virage néo-conservateur de l’Europe.

Flirtant entre déni et ni-ni entre les deux tours des cantonnales, l’UMP a creusé le fossé entre centristes et conservateurs, ceux qui dénoncent la droitisation de la majorité présidentielle et ceux qui l’encouragent. Dans ce malaise ambiant, Patrick Buisson a tranché : Nicolas Sarkozy ne doit pas changer de stratégie pour la présidentielle de 2012.

Pour ne pas arranger son cas –après le remaniement vers la droite RPR de novembre dernier– le Président de la République n’a rien trouvé de mieux que justifier la quête d’indépendance des centristes par des chiffres : «60% de tactique, 40% de convictions»

Des positions qui rendent une cohabitation de plus en plus difficile. Et une vie à l’extérieur de l’UMP envisageable : la marque de fabrique de Bayrou en 2007 –dette et vérité– peut faire sensation en période de rigueur. S’il est véritablement indépendant et ne se laisse pas grignoter sur sa gauche ni sur sa droite, le centre peut même compter sur une réserve électorale d’environ 15%.

Ambitieux, les ex-UDF jouent donc à «plus centriste que moi, tu meurs» pour se démarquer les uns des autres. Accessoirement, aussi pour montrer aux yeux de tous qu’ils ne profitent pas de la faiblesse de Nicolas Sarkozy, non ô grand jamais, mais qu’ils n’auraient jamais vraiment abandonné cet élan centriste en réalité…

Dès 2008, le président de la commission des finances du Sénat Jean Arthuis s’est ainsi mis en tête de «rassembler les centristes» avant que Gilles de Robien, ex-Ministre des Transports sous Raffarin ne lance lui aussi son «centre en mouvement». A son éviction du gouvernement fin 2010, Jean-Louis Borloo fait sécession et souhaite les imiter avec une «coordination centriste». C’est finalement le président du Nouveau Centre (appartenant à la majorité de droite) Hervé Morin, et Jean Arthuis, qui lancent la «confédération des centres» fin janvier. Soit en résumé le mouvement de l’ex-Ministre de la Défense, qui pour s’affirmer face au Parti Radical de l’ex-candidat au poste de Premier ministre, inaugure une dynamique avec l’Alliance Centriste, elle-même adhérente du MoDem et donc de ce fait appartenant théoriquement à l’opposition…

Contrairement aux apparences (si vous me suivez toujours…), la guerre des chapelles qui déchire le centre pourrait pourtant prendre fin prochainement. Le temps des seules déclarations d’intentions semble changer et le centre pourrait retrouver une certaine clarté, une cohérence.

Sous l’égide de Pierre Méhaignerie, figure emblématique du centre passé à l’UMP en 2002, les trois principaux protagonistes ont finalement accepté de se réunir mi-février pour évoquer cette «confédération des centres» et la stratégie à adopter au premier tour de la présidentielle. Affaire à suivre donc.

Mais le doute est permis lorsque l’on sait que le nom retenu pour représenter ce mouvement unioniste met un pluriel à « centre ». Le président de l’Alliance Centriste Jean Arthuis cherche à devenir incontournable dans sa famille politique. Mais peut-il vraiment endosser ce rôle tant Hervé Morin dispose avec le Nouveau Centre d’une rampe de lancement légitime? L’ex-second de Bayrou doit cependant prouver son indépendance, lui habituellement si proche de la majorité. Pas simple…

Si bien que des députés de son propre camp craignent qu’il n’entre en rupture avec le Président pour ne rien récolter au final. Et soutiennent plus ou moins ouvertement Jean-Louis Borloo, moins va-t-en guerre. Moins centriste aussi, et peut-être plus opportuniste. Évincé de la course à Matignon et immédiatement repositionné en leader des centristes, certains se demandent s’il ne souhaite pas au final jouer les utilités pour Nicolas Sarkozy

Exsangue après le premier tour de la présidentielle 2007 jusqu’aux élections régionales 2010, François Bayrou retrouve lui quelques raisons d’espérer. Contrairement aux anciens ministres de Nicolas Sarkozy, seul le patron du MoDem incarne un centre indépendant. En dernier recours et s’il ne mène pas une campagne trop droitière auparavant, le Président de la République pourrait s’accommoder de cette position pour désactiver les candidatures Borloo et Morin.

L’onde de choc à droite –la radicalisation de l’UMP et la banalisation du FN– a malgré tout de fortes chances de provoquer une sécession d’un centre-droit plus social. Voire même la refondation de l’UDF, si les centristes voient au-delà de 2012 et de leurs simples égos pour tenter d’enfin rompre avec la bipolarisation de notre vie politique. Mais cela, c’est un autre problème encore.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s