Villepin : Sarkozy perd son joker

Depuis quelques mois, les éditocrates voient l’ennemi intime de Nicolas Sarkozy arrondir son verbe à l’encontre du Président de la République : fini la vendetta et le rêve de 2012, place au pragmatisme et au Quai d’Orsay… C’est n’y rien connaître à l’histoire de la droite.

Deux jours avant son entrevue à l’Elysée -officiellement pour discuter G20– Dominique De Villepin annonce qu’il quitte l’UMP. Le moment choisi est opportun et a sans nul doute été réfléchi longtemps à l’avance. Il fait resurgir de douloureux souvenirs, notamment ceux liés aux guerres fratricides de la majorité.

Crédits photo : Flickr, by blogcpolitic

Derrière le «décalage croissant entre les idées défendues par l’UMP et les Français» ou encore «l’idée que nous nous faisons de la République n’est pas la même, nos regards et nos visions s’éloignent» prononcés par DDV au Salon de l’Agriculture, se cache une profonde haine entre deux clans de la droite républicaine. Celui de Dominique de Villepin et celui de Nicolas Sarkozy, autrement dit, celui de Jacques Chirac et celui d’Edouard Balladur.

L’ancien secrétaire général de l’Elysée sous Jacques Chirac en veut aux balladuriens d’hier et aux sarkozystes d’aujourd’hui. La bataille du leadership de la droite a perduré dans l’ombre, au-delà de la présidentielle de 1995. A qui veut bien l’entendre, Dominique de Villepin dénonce allègrement les méthodes de l’actuel hôte l’Elysée : officines, cabinets noirs, circuits parallèles…

Pour lui, Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux s’appuient depuis 1997 sur des réseaux économiques, financiers et médiatiques (en plus des réseaux Balladur-Pasqua déjà existants) pour déstabiliser les chiraquiens au pouvoir (Gaymard, CPE, Clearstream, etc…). L’accusation est forte. Tout comme la rancoeur mutuelle est tenace.

En guise de revanche, Dominique De Villepin s’amuse à faire remonter le passé balladurien de son adversaire. Récemment, les deux « Fils de » ont trouvé un nouveau terrain de non-entente avec l’affaire liée à l’attentat de Karachi.

Crédits photo : Flickr, by Sophuda

Dominique De Villepin mène aux points, jusqu’à incarner une alternative crédible à droite. Pour autant, impossible de l’éliminer en l’excluant du parti : l’électeur ne doit pas confondre l’UMP avec le comité de soutien de Nicolas Sarkozy. D’où le vœu du secrétaire général du parti, Jean-François Copé, de réaliser «l’union sacrée».

En effet : obtenir l’allégeance de l’ex-Premier Ministre et réconcilier les deux hommes représentait un signal potentiellement suffisant pour stabiliser la droite, refroidir de potentielles candidatures et ainsi éviter un 21 avril à l’envers. Si réconciliation il y avait eu, les centres – irrités par le dernier remaniement composé à 90% d’UMP et à 52% d’ex-RPR – auraient pu retrouver le chemin de la majorité, les snipers Raffarin et Devedjian se seraient naturellement tus, et les parlementaires inquiets pour leur investiture auraient sauté la case « mutins ».

C’était la bonne occasion, à l’aube de 2012, d’enterrer définitivement la hache de guerre entre les chiraco-gaullistes, les giscardo-centristes et les réformateurs-sarkozystes. Il n’en a rien été donc. Et finalement, c’est la capacité du chef de l’Etat à conduire son camp à la victoire à la présidentielle qui est ouvertement posée.
De Villepin parti, il doit désormais abandonner petits calculs politiques et négociations en coulisses pour réinventer le service minimum des idées.

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