Chronique d’un G-20 réduit à peau de chagrin

Janvier 2010, au forum de Davos. Nicolas Sarkozy énonce une diatribe violente contre les méfaits du capitalisme financier. Il dit également son souhait de refonder le «système de Bretton Woods». Soulagement de la population mondiale…

Un an plus tard, le même Sarkozy prend la tête du G-20. Un an après, le Président français a déjà oublié sa promesse d’un new deal monétaire, il a oublié aussi le remplacement du système des changes flottants. «Nous ne règlerons pas tous les problèmes en une présidence» a-t-il d’ores et déjà prévenu, préférant plutôt «réconcilier les antagonismes.»

Il faut dire qu’au cours des douze derniers mois, les divergences d’intérêts entre les vingt économies les plus puissantes de la planète se sont accentuées. Les Etats-Unis rêvent d’une monnaie faible qui leur permettrait de rivaliser avec le yuan dévalué de la Chine ; Brésiliens et Indiens reprochent justement à la nation de l’Oncle Sam d’inonder la planète de dollars ; l’Europe –qui s’enfonce pour sa part dans une crise de la dette de nature à anéantir sa fragile reprise- désapprouve avec Singapour les émissions massives de billets par les Japonais… Rien ne va plus.

Depuis les sommets de Toronto et Séoul, le temps de la coopération n’est plus à l’ordre du jour du G-20. Et de l’aveu même du directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn, «rien ne pourrait être pire pour l’économie mondiale». Symbole de cette guerre des monnaies qui agite le planisphère, l’opposition Chine / Etats-Unis : outre-Atlantique, Barack Obama fait tout pour réduire ses coûts de fabrication, relancer son marché du travail et doper ainsi ses exportations. Après avoir épuisé deux plans de relance et diminué ses taux directeurs près de zéro, le Président Américain n’a plus d’autre choix que de dévaluer le dollar.

Au grand détriment de son semblable Hu Jintao, qui doit veiller à conserver une devise faible pour que l’économie chinoise ne surchauffe pas. Et qui observe tout aussi attentivement la santé économique de son rival, afin que les réserves chinoises de bons du trésor américain ne se transforment pas en pertes directes…

Nicolas Sarkozy a du revoir ses objectifs à la baisse pour le G-20. Ici, à Davos, il a présenté une version édulcorée de son projet. Crédits CC par @WorldEconomicForum

Car une chose est certaine : cette bataille des monnaies va faire des victimes. Et à ce petit jeu, la Chine et les Etats-Unis n’ont pas forcément à s’inquiéter. Dans le capharnaüm actuel, la zone euro et la BCE… s’interdisent d’agir sur les taux de change, contrairement à toutes les banques centrales des grands pays. Mécaniquement la zone euro subit de plein fouet la spéculation et joue alors au yo-yo : d’1,50 € fin 2009, l’euro a plongé à 1,20 lors de la crise grecque avant de remonter à 1,40 puis rechuter à 1,30 lors du sauvetage irlandais.

Le bidouillage de devise fait partie intégrante des doctrines monétaires, et ne devrait pas jouer un tel rôle. Mais dans  les livres, il n’était pas non plus prévu que tous les pays s’y adonnent en même temps. Résultat : dans un système de vases communicants, où il faut que plusieurs monnaies s’apprécient pour que la devise d’un autre pays diminue, cela ne peut fonctionner correctement.

Le non-système actuel se retrouve alors dans une impasse, que même le G-20 français ne peut résoudre : les déficits et les dettes sont à l’Ouest, les excédents et les réserves à l’Est, pour une situation qui finalement n’arrange personne. Une situation qui n’empêche pourtant pas les dirigeants de la planète de s’entendre pour dire que «le pire de la crise est désormais passé»… Il y a comme quelque chose qui m’échapperait…

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  1. […] tout chamboulés, les grands de ce monde ne sont finalement pas parvenus à s’accorder sur la régulation financière, objectif pourtant annoncé depuis deux ans de cette […]

  2. […] à l’histoire de la droite. Deux jours avant son entrevue à l’Elysée -pour discuter G20- Dominique De Villepin annonce qu’il quitte l’UMP. Le moment choisi est opportun et a sans nul […]



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