La crise comme fin du rêve américain

Depuis les années 1930, il suffisait jusqu’ici d’observer les évènements outre-Atlantique pour anticiper ce qui se passerait en Europe. Avec leur légendaire soft power, les Etats-Unis précédaient toujours le vieux continent de quelques années.
Aujourd’hui, les Américains adoptent le traditionnel mais non-moins inquiétant taux de chômage européen, sa croissance économique plus que terne, son faible pouvoir d’achat… Signe que leur modèle a été plus que fragilisé au cours des derniers mois.

La chute de Lehman Brothers et de son assureur AIG a-t-il sonné la fin du rêve américain ? Pas exactement.
Le déclin du rêve américain a débuté au quatrième trimestre 2010, période où la supercherie a enfin été découverte : l’économie des Etats-Unis, n’est jamais sortie de la récession depuis l’automne 2008. Malgré la belle assurance de la FED et de l’administration Obama, malgré les milliers de milliards engloutis par les banques… Repoussant du même coup la flamboyante histoire passée des Etats-Unis.

La banque d’affaires Lehamn Brothers, symbole de la chute de Wall Street. Crédits photo : Flickr, Bert Van Dijk.

Il est loin le temps de Yalta, où Roosevelt (puis Truman) résolvait le plus important conflit mondial avant de réorganiser l’ordre mondial (Bretton Woods, ONU) selon les idéaux américains.
Il est loin le temps où la communauté internationale saluait l’interventionnisme des Etats-Unis, la domination conjointe de la nation de l’Oncle Sam avec l’U.R.S.S. de Staline.
Il est loin le temps où la real politik de Nixon, imprimée par Henri Kissinger, théorisa la domination diplomatique des Etats-Unis sans objections du reste du monde ni des Nations unies.
Et celui où le consensus de Washington – la mise en place du néolibéralisme  finit de les ériger en modèle de pensée économique.

Ou encore, le moment où la guerre des étoiles puis la chute du Mur de Berlin en 1989 les sacrèrent incontestablement comme LA superpuissance mondiale.

La grande désillusion

Non, les Etats-Unis, ce n’est plus vraiment ça aujourd’hui. Les guerres en Irak et en Afghanistan démontrent les limites militaires d’un pays qui dépense autant pour ses armées que le reste du monde réuni.
En réalité, leur rôle de gendarme du monde a été remis en cause dès la Guerre du Golfe. Puis de nouveau mis à mal le 11 septembre 2001, avec la première attaque terroriste sur leur sol depuis Pearl Harbor.
Leur transgression permanente du droit international (que ce soit en Irak, en Afghanistan ou encore au Soudan) et leur (plus ou moins récente) renonciation à l’ONU, devenue incontrôlable y compris lorsque des intérêts américains sont en jeu, ne devrait pas faire leurs affaires à l’avenir.

Le pire est que cette perte soudaine d’influence et de prestige n’est pas imputable à leurs démons désignés et pointés du doigt à tout-va (Iran, Irak, Corée du Nord, Venezuela, Cuba). Les Etats-Unis n’ont pas été assassinés: ils se suicident eux-mêmes. Provoquant désillusion sur désillusion, leur modèle capitaliste – celui censé garantir une croissance infinie bénéficiant à tous les citoyens les fait mourir à petit feu.
La montée en puissance des pays émergents à l’OMC, seule instance supranationale obéissant jusqu’ici encore aux ordres et donc encore utile (avec l’OTAN), devrait rapidement changer le rapport de forces économique.

La crise économique de 2008 risque de faire écrouler le château de cartes nord-américain. Crise budgétaire, crise des bons du trésor, crise du dollar… Les secteurs de l’automobile, de l’immobilier, de la défense dépendent aujourd’hui en grande partie du gouvernement ou du soutien de la banque centrale américaine.
Cet interventionnisme n’est pas nouveau : l’administration Reagan avait déjà, par le passé, sauvegardé l’industrie sidérurgique et automobile américaine en bloquant les importations de produits japonnais supérieurs via le doublement des droits de douane. Sauf que la publicité faite auprès des autres pays du capitalisme et de la libre-circulation des capitaux, se heurte désormais au protectionnisme américain.

L’essentiel de l’économie des Etats-Unis est donc porté par les déficits déjà abyssaux de Washington (plus de 14 000 milliards de dette, près de 100% du PIB) et du bilan déjà encombré d’actifs-fantômes de la FED. Résultat ? Aucun. La croissance s’évapore trimestre après trimestre. Le taux de chômage ne cesse de croître, atteignant bientôt 20% dans certains états. Les Etats-Unis sont rentrés dans une « très grande » dépression.

La fin 2011 placée sous le signe de l’isolationnisme

Pour ne rien arranger à leur situation économique exsangue, les Etats-Unis doivent faire face à une paralysie politique. Alors que le modèle démocratique était leur autre vecteur d’influence à travers le monde.
Depuis les MidTerms de novembre  2010 et la consécration du Tea Party, la sombre réalité populaire est devenue difficile à masquer. Enfonçant un peu plus le pays dans un immobilisme tragique, alors qu’ils empruntent 500 millions par jour et dépensent quotidiennement plus de 800 millions d’euros dans les guerres d’Irak et d’Afghanistan.

Oncle Sam. Crédits photo : Flickr, AJC1

Trop occupé à libéraliser et à démocratiser  le monde, Washington a laissé le territoire des Etats-Unis à Wall Street. Les excès du capitalisme auront fini par tuer son père fondateur, le politique perdant pied face au pouvoir économique. Endettés à hauteur de 53% de la dette mondiale, les USA ne peuvent plus assurer leur suprématie, chaque jour davantage remise en cause par la Chine.

Les voix sécessionnistes de plusieurs états du Sud et la colère des classes moyennes ne profitant guère de la « richesse » des USA se font entendre jusqu’à Washington. Si bien que la question qui se pose aujourd’hui n’est plus « Les Etats-Unis ont-ils la force de sortir de la crise économique ? » mais « les Etats-Unis peuvent-ils éviter l’éclatement et un scénario de fin à l’image de l’U.R.S.S ? ».

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