Et si l’Irlande sauvait l’Union européenne ?

«La différence entre Madoff et les banquiers irlandais ? Madoff a été en prison…» Près de 100.000 Irlandais sont descendus dans les rues de Dublin samedi, pour protester contre le quatrième plan d’austérité depuis le début de la crise financière, en 2008.

Le Premier Ministre irlandais, dit Taioseach, Brian Cowen. Crédits photos : TalkMediaNews, sur Flickr.

La situation est critique pour le gouvernement de Brian Cowen. A la colère de ses contribuables, il doit ajouter l’accueil plus que mitigé réservé par les marchés financiers au plan de sauvetage négocié avec l’Union Européenne et le FMI. Passés les premiers instants de répit, de nouveaux signes de tension sont apparus, l’euro retombant sous les 1,30 dollars (en plein black Friday, qui plus est)…

Les efforts de la population pour racheter les turpitudes d’un système bancaire qui s’est développé hors de tout contrôle- avant d’obtenir une garantie totale de l’Etat- ne sont-ils pas suffisants ? Le soutien jusqu’au-boutiste de l’Union Européenne au système libéral, n’a-t-il pas été entendu ?

Ce n’est pourtant pas faute d’un plan de rigueur draconien. Le gouvernement irlandais s’est fixé comme objectif de ramener le déficit budgétaire de 32% du PIB à 3% d’ici 2014. Pour y parvenir, ils n’ont pas eu beaucoup d’alternatives. En premier lieu, tailler dans la fonction publique : 25.000 nouveaux emplois seront supprimés, le traitement des fonctionnaires sera diminué de 15% et leurs retraites réduites. Des mesures étendues aux allocations chômage et familiales de toute la population. Le salaire horaire minimum passera lui de 8,65 euros à 7,65 euros tandis que la TVA augmentera de deux points.
Seul le dispositif de dumping fiscal reste inchangé, l’impôt sur les sociétés s’établissant toujours à 12,5% du bénéfice des entreprises…

Population, marchés financiers, voisins européens… Ce nouveau plan gouvernemental est donc loin de faire l’unanimité. « Nous ne sommes pas des agents économiques, mais des citoyens ! Nous voulons le retour de la République ! » clament les contribuables irlandais, visiblement aussi excédés par leur gouvernement que par les instances européennes.

Car, comme le prouve sa fermeté sociale et son laxisme fiscal, l’Union Européenne est également responsable. Six mois après le sauvetage de la Grèce, ce n’est pas un hasard si l’UE se retrouve à  nouveau au chevet d’un de ses membres malades, pourtant chantre de la révolution néo-libérale. L’Europe l’a grandement provoqué.
L’aide communautaire n’étant plus suffisante pour endiguer la contagion, c’est donc aujourd’hui au Portugal et à l’Espagne de s’agiter. L’Italie et la France seraient également menacées.

Incapables de reprendre en main le pouvoir économique face à la multiplication des menaces, les seconds couteaux de la vie politique nationale installés à Bruxelles se voient aujourd’hui dicter les « réponses à adopter» par les lobbystes. Sans succès.

A travers la crise irlandaise, les erreurs originelles de l’Union Européenne enfermée dans le dogme libéral, son manque de courage et sa lâcheté politique la poussant à favoriser historiquement les marchés financiers en lieu et place de ses citoyens et contribuables sont clairement pointées du doigt. Si la situation de l’Irlande permettait au moins de lancer un signal et de réformer l’UE, ce serait déjà ça de pris.

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