Le pouvoir rend-il ivre du pouvoir ?

Les hommes du Président contre-attaquent et portent désormais l’affaire en justice !  Comment interpréter ce nouveau rebondissement, dans l’affaire d’espionnage de certains journalistes par les services d’Etat ? Simple réponse du berger à la bergère, ou stratégie durablement réfléchie…

Quatre jours après la publication, le patron de la DCRI Bernard Squarcini et Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, tout deux proches du Président, ont décidé de porter plainte contre Le Canard Enchaîné et Médiapart. Ces deux médias les accusant d’avoir orchestré des surveillances illégales de journalistes. Le cœur du problème : l’existence supposée d’une « police politique » au service de Nicolas Sarkozy, l’utilisation des services secrets pour les intérêts individuels du Président et non ceux de l’intérêt général.

D’après l’hebdomadaire satirique, d’anciens agents des RG, placés sous la houlette de Bernard Squarcini, auraient pour objectif de découvrir les sources des journalistes dans deux affaires de financement politique occulte : d’une part, les rétro-commissions de l’Affaire Karachi et d’autre part, les dons à l’UMP et aux micro-partis affiliés de l’affaire Woerth/Bettencourt.

Ils crient aujourd’hui à la diffamation. Quoi qu’il en soit, ces récentes plaintes s’inscrivent dans un climat malsain propre à une République bananière. En témoigne les derniers cambriolages de Mediapart, du Monde, et du Point.

Tribune du fondateur de Mediapart, Edwy Plenel.

Mais pourquoi les services d’Etat visiteraient-ils les rédactions ou les domiciles des journalistes en pointe sur l’affaire Woerth/Bettencourt ? Pourquoi, eux qui disposent de moyens bien plus discrets –et plus sophistiqués- pour surveiller leurs adversaires?

Isabelle Prévost-Desprez, David Sénat, les sources du journaliste au Monde Gérard Davet sont tombées non pas par le vol à son domicile de son ordinateur portable, mais par l’examen attentif de ses fadettes (NDLR, relevés téléphoniques)…

Fabrice Arfi, de Mediapart et également visé par ces attaques, signalait récemment, que « si tout ça a un lien avec l’affaire Bettencourt, ce n’est bien entendu pas pour intimider la presse, c’est pour intimider les sources. C’est trop voyant, trop énorme, alors qu’un hacker peut voler les données d’un ordinateur pour 2 000 euros, de commettre un cambriolage. »

Ces plaintes et ces cambriolages ne visent qu’un unique intérêt : travailler le subconscient de potentielles sources. Intimider les journalistes, certes, mais surtout effrayer les sources. Car plus de sources, plus d’affaires, c’est du moins le pari fait par les services du contre-espionnage et de l’entourage du Président de la République.

Pour ceux qui croiraient à un nouveau complot anti-sarkozyste organisé par cette satanée corporation de journalistes, je ferai remarquer que l’immunité présidentielle a désormais été étendue aux collaborateurs du chef de l’Etat. Qui peuvent travailler en toute impunité et ainsi museler le contre-pouvoir (politique et judiciaire, il s’entend) s’il le faut. Mais qui peuvent aussi supprimer d’éventuels-« whistleblowers »- lanceurs d’alertes. Alors, oui, le pouvoir… rend ivre du pouvoir. On vous avait prévenu.

Lire aussi : David Sénat, victime ou coupable.

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