Comptage : pénurie de clics-clics

Hier, nouvelle manifestation. La quatrième depuis début septembre. Et à chaque fois, la même histoire – le grand écart entre les chiffres reconnus par la police et ceux revendiqués par les organisateurs. Les uns doivent minimiser pendant que les autres ont intérêt à maximiser. En bons citoyens, nous étions tentés de faire la moyenne entre deux exagérations symétriques. Et bien nous avions faux ! Archi-faux.

Figurez-vous que l’immense fourchette, donnée en pâture par les syndicats et la police, ne satisfaisait pas pleinement les journalistes de Mediapart. Oui, ceux là-même dont les « méthodes fascistes » avaient été dénoncées en choeur par le gouvernement, au faîte de l’affaire Woerth-Bettencourt. Il va donc sans dire qu’ils peuvent difficilement être accusé de complaisance envers le pouvoir.

Hier à Paris, Mediapart a dénombré 76.000 manifestants, soit 13.000 de moins… que la police ! Les syndicats, eux, en avaient compté 330.000.

Au passage, nous noterons l’écart toujours plus important entre les chiffres officiels et ceux des syndicats. Trois Stade de France de différence ! Là encore, semblable aux derniers mouvements contre la réforme des retraites. Dans la capitale, avant cette nouvelle mobilisation, les chiffres de la police n’ont cessé de rétrécir (80.000 le 7 septembre, 65.000 le 23 puis 63.000 le 2 octobre). Tandis qu’à l’inverse, les syndicats ont continuellement progressé (270.000, 300.000, 310.000…).

Et je vous ai réservé le plus drôle pour la fin :  les méthodes de comptage entre police et syndicats sont relativement semblables. Le Ministère de l’Intérieur positionne deux groupes en hauteur, sur deux sites, au départ et à la fin de la manifestation. Ceux-là évaluent d’abord le nombre de personnes présentes sur une largeur de rue, avant d’activer un compteur manuel à chaque ligne. Et ce jusqu’à la fin de la manifestation.

Côté syndical, les compteurs se placent à un point donné de la manifestation et comptabilisent le nombre moyen de personnes par rangs. Pour trouver leurs résultats, ils extrapolent à partir du nombre de rangs défilant pendant vingt minutes, avant de faire la multiplication par le temps total de trajet.

Des méthodes… aussi artisanales donc que celles de la bande à Edwy Plenel, qui s’est servi de clics-clics actionnés tous les cinq manifestants. Une situation qui témoigne qu’il reste bien des progrès à réaliser en France, pour obtenir des chiffres enfin raisonnables.

Chez nos voisins, certains médias sont précurseurs dans la course au comptage des manifestants. Notamment El Pais. Le quotidien espagnol, lors des grands rassemblements, affrète un avion pour mesurer l’affluence des protestataires.

En octobre 2009, par exemple, El Pais comptabilisait 265 000 personnes anti-avortement dans les rues, alors que les organisateurs en dénombraient 2 millions, et les autorités 1,2 million, rappelle Libération dans son édition du 11 octobre

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