Plateformes offshore: l’impossible régulation

Mardi 7 septembre 2010, une plateforme pétrolière s’affaisse sous la pression du typhon Malou, en Chine. Bilan : deux ouvriers disparus. Cinq jours plus tôt, la plateforme « Vermilion Oil 380 » explosait dans le golfe du Mexique. Aucune victime à déplorer mais une nappe de pétrole aperçue à seulement 130 kilomètres des côtes de la Louisiane (Etats-Unis). Deux accidents cependant incomparables avec l’explosion de la plateforme « Deepwater Horizon » le 20 avril dernier, à l’origine d’une des pires marées noires de l’histoire des Etats-Unis.

Malgré ces tragiques évènements, l’exploitation de pétrole en haute mer reste le nouvel eldorado des Exxon-Mobile, Shell et autres géants de l’industrie pétrolière. Pour preuve, les derniers chiffres publiés par l’organisme américain de statistiques Infield font état de plus de 15.700 plateformes, soit une tout les 230 kilomètres carrés, dispersées dans nos océans. 15.700 plateformes ballottées au gré d’un inquiétant flou juridique. Et pour cause, aucune législation mondiale n’encadre l’activité offshore.

« Comme tous les navires en mouvement, les plateformes sont sous le coup de la règlementation internationale du transport maritime. Mais dès lors qu’elles sont implantées sur un gisement, elles dépendent des législations étatiques. Si ce gisement se trouve être dans les eaux internationales, les plateformes offshores ne génèrent plus ni règlementation ni suivi. C’est alors aux compagnies d’élaborer leurs propres mesures de sécurité… » déplore Christophe Rousseau, directeur du Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux (Cedre).

Plusieurs moratoires encadrent désormais l’offshore

Cette aberration devrait bientôt être résolu. Du moins en partie. Comme à chaque catastrophe, le droit évolue. Ainsi, en 1989, les Etats-Unis avaient imposé les navires à double coque après l’échouage de l’Exxon-Valdez en Alaska. Dix ans plus tard, c’était au tour de la France d’accélérer le remplacement des navires à simple coque après le naufrage de l’Erika, pendant que l’Union Européenne se dotait enfin d’une législation (*) en la matière.

Dans le sillage de l’explosion de Deepwater Horizon, les pays pionniers dans l’exploitation d’hydrocarbures en eaux profondes n’ont pas manqué à la règle : Les Etats-Unis et la Norvège viennent d’opter pour un moratoire suspendant temporairement l’attribution de nouvelles licences offshore.

Le Parlement Européen a lui aussi pris le problème très au sérieux. Bien que la sécurité a soi-disant été renforcée après les catastrophes intervenues sur les plateformes Alexander-Kielland (123 morts, en 1980) et Piper Alpha (167 victimes, en 1988), rien ne permet à Bruxelles de prévenir et même de faire face à un nouvel accident de plateforme.

Le bât blesse toujours sur la qualités des contrôles

L’ancienne Ministre française de l’Environnement, désormais Députée européenne, Corinne Lepage, a pourtant bon espoir : « Au sein du Parlement Européen, nous avons déjà noté une évolution. Notre principe de moratoire sur le forage offshore devrait être acquis à la fin du mois de septembre, et le discours du Commissaire européen à l’énergie, Günther Oettinger, a considérablement changé depuis quelque mois. »

Mais cette prise de conscience communautaire ne résout pas tout. Tant qu’aucune structure internationale n’hérite du dossier, la situation restera critique. Le contrôle des équipements des opérateurs diffèrent selon les pays.

En Europe, il est généralement assuré par des cabinets spécialisés (mandatés par les opérateurs eux-mêmes !) mais en Afrique de l’Ouest ou en Asie, de tels contrôles ne sont même pas envisageables. D’où la délocalisation croissante des plateformes vers ces régions.

« Les compagnies ne divulguent pas les localisations de leurs plateformes, données commercialement trop sensibles » affirme sans détour Pierre Terzian, directeur de la lettre d’informations Pétrostratégies. Les enjeux économiques et financiers sont encore tels que les majors ne devraient pas être inquiétées. Officiellement pour ne pas intervenir dans leurs affaires, mais surtout du fait de notre dépendance énergétique.

La production offshore s’établit à environ 3,5 millions de tonnes de brut par jour, soit près de 30% de la production mondiale. Et alors que le prix du baril (**) atteint encore plus de 75$, un renforcement drastique des normes de sécurité aurait une incidence directe sur les coûts de production, et donc son prix de vente.

Nota >> Prolongement de mon article du Figaro Magazine, co-écrit avec Véronique Grousset, publié le 11 septembre 2010.

(*) – Textes connus sous le nom de « Paquets Erika »

(**) – Un baril équivaut à un peu moins de 159 litres. Il faut en moyenne 7,6 barils pour obtenir une tonne de pétrole brut.

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