Leçon de comm’, par Arnaud Lagard***

Près d’un mois après la campagne d’hostilité de Guy Wyser-Pratte, Arnaud Lagardère entretient le silence. Stratégie de communication ou vacance du pouvoir, nul ne sait. Mais tous s’accordent à dire qu’Arnaud Lagardère n’a rien à craindre sur sa position au sein de son groupe, si ce n’est d’écorner un peu plus une image déjà fragilisée.

Jeudi 25 mars, l’investisseur franco-américain Guy Wyser-Pratte, actionnaire minoritaire détenteur de 0,53% du capital du groupe Lagardère, révèle publiquement son désir d’attaquer le P-DG Arnaud Lagardère. À ce jour, l’héritier de Jean-Luc Lagardère n’a toujours pas répondu. Ni même ses conseillers. Drôle de communication de crise, pour le moins inhabituelle des pratiques actuelles du capitalisme. D’autant plus surprenant qu’il s’agit là de l’un des plus grands groupes français, omniprésent dans des domaines aussi stratégiques que les médias ou la défense.

Au fil de ses échecs, Arnaud Lagardère est devenu une cible

Dans ces cas-là, il n’est pas rare que les patrons eux-mêmes convoquent le fleuron de la presse économique, afin de les rassurer sur la bonne tenue de leur entreprise. Dans les heures qui suivent, les conseillers sont à pied d’œuvre pour diffuser en masse des arguments censés alimenter le raisonnement des journalistes. Arnaud Lagardère, lui, use d’une stratégie inverse. Son silence est inquiétant… à moins qu’il ne soit habilement réfléchi.

Car, si ces hypothèses –les seules crédibles à l’heure actuelle- laissent les plus fins observateurs dubitatifs, tous s’accordent cependant à reconnaître que les risques sont minimes pour Arnaud Lagardère. L’attaque de Guy Wyser-Pratte, investisseur aguerri, n’a d’autre ambition que de réaliser un coup financier. Depuis qu’il a déclaré vouloir « faire sauter le statut de commandite », le cours de bourse du groupe a grimpé, faisant ainsi potentiellement fructifier sa participation.

Une opération strictement personnelle, guidée davantage par l’attrait d’une plus-value que par l’ambition de prendre le pouvoir. Car pour faire sauter le statut de commandite, statut qui permet à Arnaud Lagardère de détenir un pouvoir exécutif absolu bien qu’il possède seulement 9,6% des parts, il faudrait l’approbation….d’Arnaud Lagardère lui-même. Impossible, mais cette attaque pourrait néanmoins l’ébranler.

La campagne d’hostilité menée par Wyser-Pratte intervient alors qu’un épais brouillard entoure la stratégie et le leadership d’Arnaud Lagardère. La crise économique, combinée à la baisse des recettes publicitaires, est venue plomber (-77% du résultat net en 2009) une entreprise déjà sous-valorisée du fait des doutes sur la volonté de son P-DG de porter le groupe.

Lâché par l’Elysée, Arnaud Lagardère est désormais fragilisé

En verrouillant ainsi sa communication, ce dernier fait prendre des risques à son groupe… mais également à l’Etat français, qui voit son influence considérablement réduite dans le rapport de forces franco-allemand chez EADS (1). Son silence a également d’autres vices. Il ravive les plus folles rumeurs et exhume d’anciennes casseroles qu’il traîne depuis quelques années. Ne serait-ce que le nouveau coup infligé à l’Etat français via sa participation dans EADS : il vient détériorer encore un peu plus ses relations avec l’actuel hôte de l’Elysée, Nicolas Sarkozy.

Un coup de massue qui arrive quelques jours après LA rumeur hébergée sur un blog du JDD.fr (2), donnant du crédit à une relation entre la femme du Président Carla Bruni et le chanteur Benjamin Biolay. Des affronts que Nicolas Sarkozy n’oubliera pas de si vite. Des affronts que ne laveront pas les précédents cadeaux d’Arnaud Lagardère, responsable du licenciement d’Alain Genestar ou de la censure du non-vote de Cécilia Sarkozy. Mais des affronts qui auront valu au jeune P-DG de se mettre l’ensemble de la presse à dos.

Avant qu’on ne le soupçonne de se désintéresser au plus haut point d’un groupe qu’il n’aurait repris en 2003 que par respect envers son défunt paternel, Arnaud Lagardère était vu comme un jeune héritier dynamique et compétent. Mais jamais il n’a atteint le crédit dont jouissait son père. Son attitude enfonce un peu plus son groupe dans la tourmente. Par une drôle de stratégie, made in Lagardère.

Notes (1) – L’Etat Français possède 15% du capital d’EADS, symbole de la défense européenne et des relations franco-allemandes. (2) – Le Groupe Lagardère est notamment propriétaire de l’édition papier et de la version internet du Journal du Dimanche.

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